Il est des rencontres qui, en apparence, ne produisent ni déclaration
spectaculaire ni révélation fracassante, mais qui méritent pourtant une
attention particulière. La récente coopération entre les autorités américaines
chargées de l’étude des phénomènes aériens non identifiés et la Force aérienne
uruguayenne appartient à cette catégorie.
Selon les informations communiquées côté uruguayen, des représentants de la
CRIDOVNI, la Comisión Receptora e Investigadora de Denuncias de Objetos
Voladores No Identificados, ont participé à des réunions de travail et à des
ateliers techniques avec l’AARO — All-domain Anomaly Resolution Office, le
bureau américain chargé de l’étude et de la résolution des anomalies dans tous
les domaines.L'information est importante moins pour ce qu'elle prétend révéler
sur la nature des PAN que pour ce qu'elle dit de l'évolution de leur traitement
institutionnel. Car, derrière les sigles et le vocabulaire administratif, une
réalité nouvelle apparaît : le phénomène n'est plus seulement considéré comme
une question américaine. Il devient progressivement un sujet de coopération
internationale entre organismes militaires, aéronautiques et scientifiques.
L'Uruguay, un pays qui enquête depuis 1979
L'intérêt de cette rencontre tient d'abord à l'identité du partenaire
choisi par les Américains. L'Uruguay ne découvre pas aujourd'hui les PAN. La
CRIDOVNI a été créée le 7 août 1979 par la Force aérienne uruguayenne afin de
recevoir, étudier et évaluer les signalements d'objets volants non identifiés
dans l'espace aérien national. Sa mission est directement liée au contrôle de
l'espace aérien et à la sécurité aéronautique. Cette longévité est remarquable.
Alors que plusieurs pays ont créé puis abandonné des programmes consacrés aux
OVNI, l'Uruguay a maintenu pendant près d'un demi-siècle une structure
institutionnelle consacrée à ces observations.
La CRIDOVNI n'est donc pas une organisation apparue dans le sillage de la
vague UAP américaine de ces dernières années. Elle possède une expérience
accumulée sur plusieurs décennies. C'est précisément ce qui rend le dialogue
avec l'AARO intéressant.
Le rapprochement met en présence deux modèles.
D'un côté, l'AARO est une structure américaine
récente, née dans le contexte de la résurgence du dossier UAP au sein du
Département de la Défense et du Congrès américain. Elle dispose potentiellement
de moyens technologiques, de capacités de renseignement et d'accès à des
données auxquelles une petite commission étrangère ne peut naturellement
prétendre.
De l'autre, la CRIDOVNI possède une expérience
historique exceptionnelle de la réception et de l'analyse des signalements dans
un espace aérien national.
L'intérêt d'une coopération est donc évident : l'un possède une puissance
technologique et institutionnelle considérable ; l'autre possède une expérience
opérationnelle de longue durée. Il ne s'agit pas nécessairement de déterminer
qui « sait » ce que sont les PAN. Il s'agit d'améliorer la manière de poser la
question.
C'est probablement là que se trouve l'aspect le plus intéressant des
ateliers techniques / passer du témoignage à la donnée. Depuis plusieurs
décennies, l'enquête sur les OVNI a souffert d'un problème fondamental : la
plupart des observations reposent sur des témoignages humains difficiles à
vérifier, parfois accompagnés de photographies ou de vidéos de qualité
insuffisante. L'approche UAP contemporaine cherche au contraire à multiplier
les sources objectives : radar, infrarouge, électro-optique, données météorologiques,
trajectoires aéronautiques, données satellitaires, spectrométrie, signaux
électromagnétiques et autres capteurs.
Le propre atelier UAP organisé par l'AARO en 2025 illustre cette évolution
méthodologique : les travaux portaient notamment sur l'identification et
l'intégration des sources de données, les méthodes d'analyse à grande échelle
ainsi que le nettoyage, l'organisation et la mise en relation des données.
La coopération avec la CRIDOVNI peut donc être comprise comme une tentative
de standardisation internationale des méthodes d'enquête.
Et c'est probablement beaucoup plus important qu'une nouvelle vidéo
mystérieuse.
L'Uruguay constitue également un partenaire particulièrement intéressant
pour Washington. Son territoire est suffisamment vaste pour permettre
l'observation de phénomènes aériens, tout en demeurant relativement limité par
rapport aux immenses espaces des États-Unis. Sa Force aérienne exerce une
responsabilité directe dans le domaine aérospatial national, et le gouvernement
uruguayen définit officiellement la FAU comme la branche des forces armées
chargée de planifier, conduire et exécuter les missions relevant de la défense
du pouvoir aérospatial. La CRIDOVNI dispose en outre d'un historique
considérable. Des publications et témoignages antérieurs montrent que ses
enquêteurs procèdent notamment à des vérifications du trafic aérien, des
conditions météorologiques, des satellites, des phénomènes astronomiques et des
activités militaires afin d'éliminer les explications conventionnelles.
Cette méthode de réduction progressive des hypothèses est fondamentale.
Un PAN n'est pas nécessairement un objet exotique. C'est d'abord un
événement qui, au moment de l'observation ou après une première analyse, n'a
pas encore reçu d'identification satisfaisante.
Cette distinction est capitale. Le mot « non identifié » ne signifie
pas « extraterrestre »
C'est probablement ici que l'information doit être abordée avec le plus de
prudence. Le rapprochement AARO-CRIDOVNI ne constitue aucunement, à lui seul,
la preuve d'une présence extraterrestre. Il ne signifie pas davantage que les
deux gouvernements disposent d'informations secrètes démontrant l'existence
d'engins d'origine non humaine.
Ce que cette coopération démontre, en revanche, est beaucoup plus concret :
les autorités aéronautiques considèrent suffisamment sérieuse la question des
anomalies pour consacrer des moyens à l'amélioration de leur identification.
Cette nuance est essentielle.
Dans une enquête scientifique ou militaire, le terme « inexpliqué » décrit
l'état des connaissances. Il ne constitue pas une conclusion sur la nature du
phénomène. Un objet peut rester non identifié parce que les données sont
insuffisantes, parce que les capteurs ont produit des informations
contradictoires ou parce que l'événement n'a pas pu être reconstitué avec
suffisamment de précision. L'enjeu de la coopération internationale est
justement de réduire cette zone d'incertitude.
Une petite commission qui possède une grande expérience
La CRIDOVNI mérite à cet égard davantage d'attention en dehors de
l'Amérique latine. Depuis sa création, elle a accumulé un important corpus de
signalements. En 2026, son président, le colonel Ariel Sánchez, expliquait
encore que la commission travaillait selon un protocole destiné à recueillir
les témoignages et les éléments graphiques avant de rechercher les explications
conventionnelles.
Cette philosophie rejoint finalement celle affichée aujourd'hui par les
programmes UAP modernes : ne pas partir de la conclusion, mais partir des
données. Il existe néanmoins une différence importante entre cette ambition
méthodologique et les moyens réellement disponibles.
Des sources uruguayennes ont décrit la CRIDOVNI comme une structure
disposant de ressources humaines et matérielles très modestes. Un article
consacré à son fonctionnement indiquait notamment que ses membres travaillaient
dans des conditions très éloignées des moyens technologiques généralement
associés aux programmes américains. C'est précisément pourquoi l'accès à des
outils, des logiciels, des méthodes d'analyse et éventuellement à des données
supplémentaires pourrait représenter un changement significatif.
Le développement des PAN comme objet d'étude pose un problème qui dépasse
largement la question des OVNI. Chaque pays possède ses propres catégories, ses
propres procédures de signalement et ses propres critères d'évaluation.
Or un phénomène aérien ne s'arrête pas aux frontières.
Un objet détecté dans l'espace aérien d'un pays peut être observé quelques
minutes plus tard par les capteurs d'un autre. Une trajectoire mal comprise
peut être reconstruite grâce aux données d'un système étranger. Une observation
considérée comme insignifiante dans un pays peut prendre une autre dimension
lorsqu'elle est rapprochée d'un événement enregistré ailleurs.
La coopération AARO-CRIDOVNI pourrait donc contribuer à une évolution
particulièrement intéressante : la constitution progressive d'un langage commun
de l'enquête sur les PAN.
C'est probablement l'une des évolutions les plus importantes du dossier
contemporain. L'Amérique latine entre dans le nouveau paysage UAP L'histoire
des OVNI est souvent racontée comme une histoire exclusivement américaine.
Elle ne l'est pas.
Des organismes gouvernementaux ont étudié le phénomène en France, au
Royaume-Uni, au Canada, en Russie, dans les pays nordiques et ailleurs. Des
travaux scientifiques contemporains soulignent d'ailleurs que les PAN
constituent un phénomène étudié dans plusieurs pays et que leur investigation
ne peut être réduite à une problématique américaine. Dans ce contexte,
l'expérience uruguayenne prend une dimension particulière.
L'Uruguay possède probablement l'une des plus anciennes structures
gouvernementales consacrées de façon continue à l'étude des OVNI. La
coopération avec AARO constitue donc une sorte de rencontre entre l'ancien
monde de l'ufologie institutionnelle et le nouveau monde des UAP, dominé par
les capteurs, les bases de données, l'intelligence artificielle et l'analyse
multidisciplinaire.
Il faut enfin résister à une tentation très présente dans le dossier OVNI :
transformer chaque rencontre institutionnelle en événement extraordinaire.
La rencontre AARO-CRIDOVNI ne permet pas de conclure que Washington possède
des preuves d'engins extraterrestres. Elle ne permet pas davantage d'affirmer
que l'Uruguay aurait découvert des objets d'origine inconnue au sens physique
du terme. Mais elle révèle quelque chose de beaucoup plus tangible.
Les PAN commencent progressivement à devenir un
sujet de coopération internationale normalisé.
Hier, chaque pays enquêtait essentiellement dans son coin. Aujourd'hui, les
organismes commencent à échanger leurs méthodes. Demain, ils pourraient
échanger leurs bases de données, leurs protocoles, leurs logiciels et leurs
données instrumentales. Et c'est peut-être là que se situe le véritable
tournant. Car la question fondamentale n'est plus seulement : « Que sont les
OVNI ? »
Elle devient progressivement :
« Comment pouvons-nous, collectivement,
déterminer ce qui se trouve réellement dans notre ciel ? »
Cette formulation est moins spectaculaire. Mais elle est infiniment plus
scientifique.
Et, paradoxalement, c'est peut-être en abandonnant la recherche immédiate
d'une réponse extraordinaire que l'enquête internationale sur les PAN
commencera enfin à produire des résultats extraordinaires.
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INFORMATION DE L’ARMME DE L’AIR
URUGUAYENNE
L'armée de l'air uruguayenne
continue de renforcer la coopération internationale en matière de recherche
aérospatiale.
Par l'intermédiaire de la Commission de réception et d'enquête sur les plaintes
d'objets volants non identifiés (CRIDOVNI), la FAU a tenu des réunions de
travail et des ateliers techniques avec le Bureau de résolution des anomalies
de tous les domaines (AARO) du Département de la guerre des États-Unis, dans le
but d'échanger expériences et renforcer les capacités de recherche sur les
phénomènes anormaux non identifiés (UAP).
Au cours de la réunion, des méthodologies scientifiques pour l'analyse de cas,
l'échange de procédures visant à éliminer les phénomènes conventionnels et
l'évaluation des futurs outils technologiques et logistiques qui contribueront
à optimiser les capacités de recherche de l'armée de l'air uruguayenne.
De même, des progrès ont été réalisés dans la projection de l'Uruguay en tant
qu'accueil possible d'un prochain atelier régional sud-américain visant à
normaliser les processus de collecte et d'analyse de données, à promouvoir la
coopération internationale et le renforcement de la sécurité aérienne.
Avec ces instances d'échanges, l'armée de l'air uruguayenne réaffirme son
attachement à la recherche scientifique, à la coopération internationale et au
renforcement des capacités qui contribuent à la surveillance et à la protection
de notre espace aérien souverain.
SOURCE : COMPTE OFFICIEL DE L’ARMEE DE L’AIR URUGUYENNE SUR INSTAGRAM : https://www.instagram.com/p/DbdTUICjhmb/?img_index=3
Document intéressant :
1 -
Chambre des représentants de l’Uruguay – document officiel, 6 avril 2026
C’est probablement la source la plus intéressante que j’ai trouvée. Un député
uruguayen a adressé au ministère de la Défense une demande officielle
d’informations concernant un accord entre la Force aérienne uruguayenne, via la
CRIDOVNI, et des organismes américains pour l’étude des phénomènes aériens non
identifiés.
La demande pose notamment des questions sur le matériel et les logiciels qui
pourraient être fournis, l'installation éventuelle de stations d'observation,
la gestion des données, leur partage avec les organismes étrangers et la
présence éventuelle de personnel américain en Uruguay.
https://documentos.diputados.gub.uy/docs/L50/Oficio/05073.pdf?utm_source=chatgpt.com
2 -
Une décision officielle de 2020 confirme également que la Force aérienne
uruguayenne reconnaît la CRIDOVNI comme la commission chargée de traiter les
demandes et informations relatives aux objets volants non identifiés. C'est une
source intéressante pour établir le statut institutionnel de la commission.
Équipe rédactionnelle du
GEOS France
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