vendredi 14 août 2026

Quand l’AARO vient apprendre au CRIDOVNI de Montevideo

Quand l’AARO vient apprendre au CRIDOVNI de Montevideo


Le rapprochement entre l’AARO américain et la CRIDOVNI uruguayenne marque une nouvelle étape dans l’internationalisation de l’étude des PAN

Il est des rencontres qui, en apparence, ne produisent ni déclaration spectaculaire ni révélation fracassante, mais qui méritent pourtant une attention particulière. La récente coopération entre les autorités américaines chargées de l’étude des phénomènes aériens non identifiés et la Force aérienne uruguayenne appartient à cette catégorie.

Selon les informations communiquées côté uruguayen, des représentants de la CRIDOVNI, la Comisión Receptora e Investigadora de Denuncias de Objetos Voladores No Identificados, ont participé à des réunions de travail et à des ateliers techniques avec l’AARO — All-domain Anomaly Resolution Office, le bureau américain chargé de l’étude et de la résolution des anomalies dans tous les domaines.L'information est importante moins pour ce qu'elle prétend révéler sur la nature des PAN que pour ce qu'elle dit de l'évolution de leur traitement institutionnel. Car, derrière les sigles et le vocabulaire administratif, une réalité nouvelle apparaît : le phénomène n'est plus seulement considéré comme une question américaine. Il devient progressivement un sujet de coopération internationale entre organismes militaires, aéronautiques et scientifiques.

L'Uruguay, un pays qui enquête depuis 1979

L'intérêt de cette rencontre tient d'abord à l'identité du partenaire choisi par les Américains. L'Uruguay ne découvre pas aujourd'hui les PAN. La CRIDOVNI a été créée le 7 août 1979 par la Force aérienne uruguayenne afin de recevoir, étudier et évaluer les signalements d'objets volants non identifiés dans l'espace aérien national. Sa mission est directement liée au contrôle de l'espace aérien et à la sécurité aéronautique. Cette longévité est remarquable. Alors que plusieurs pays ont créé puis abandonné des programmes consacrés aux OVNI, l'Uruguay a maintenu pendant près d'un demi-siècle une structure institutionnelle consacrée à ces observations.

La CRIDOVNI n'est donc pas une organisation apparue dans le sillage de la vague UAP américaine de ces dernières années. Elle possède une expérience accumulée sur plusieurs décennies. C'est précisément ce qui rend le dialogue avec l'AARO intéressant.

Le rapprochement met en présence deux modèles.

D'un côté, l'AARO est une structure américaine récente, née dans le contexte de la résurgence du dossier UAP au sein du Département de la Défense et du Congrès américain. Elle dispose potentiellement de moyens technologiques, de capacités de renseignement et d'accès à des données auxquelles une petite commission étrangère ne peut naturellement prétendre.

De l'autre, la CRIDOVNI possède une expérience historique exceptionnelle de la réception et de l'analyse des signalements dans un espace aérien national.

L'intérêt d'une coopération est donc évident : l'un possède une puissance technologique et institutionnelle considérable ; l'autre possède une expérience opérationnelle de longue durée. Il ne s'agit pas nécessairement de déterminer qui « sait » ce que sont les PAN. Il s'agit d'améliorer la manière de poser la question.

C'est probablement là que se trouve l'aspect le plus intéressant des ateliers techniques / passer du témoignage à la donnée. Depuis plusieurs décennies, l'enquête sur les OVNI a souffert d'un problème fondamental : la plupart des observations reposent sur des témoignages humains difficiles à vérifier, parfois accompagnés de photographies ou de vidéos de qualité insuffisante. L'approche UAP contemporaine cherche au contraire à multiplier les sources objectives : radar, infrarouge, électro-optique, données météorologiques, trajectoires aéronautiques, données satellitaires, spectrométrie, signaux électromagnétiques et autres capteurs.

Le propre atelier UAP organisé par l'AARO en 2025 illustre cette évolution méthodologique : les travaux portaient notamment sur l'identification et l'intégration des sources de données, les méthodes d'analyse à grande échelle ainsi que le nettoyage, l'organisation et la mise en relation des données.

La coopération avec la CRIDOVNI peut donc être comprise comme une tentative de standardisation internationale des méthodes d'enquête.

Et c'est probablement beaucoup plus important qu'une nouvelle vidéo mystérieuse.

L'Uruguay constitue également un partenaire particulièrement intéressant pour Washington. Son territoire est suffisamment vaste pour permettre l'observation de phénomènes aériens, tout en demeurant relativement limité par rapport aux immenses espaces des États-Unis. Sa Force aérienne exerce une responsabilité directe dans le domaine aérospatial national, et le gouvernement uruguayen définit officiellement la FAU comme la branche des forces armées chargée de planifier, conduire et exécuter les missions relevant de la défense du pouvoir aérospatial. La CRIDOVNI dispose en outre d'un historique considérable. Des publications et témoignages antérieurs montrent que ses enquêteurs procèdent notamment à des vérifications du trafic aérien, des conditions météorologiques, des satellites, des phénomènes astronomiques et des activités militaires afin d'éliminer les explications conventionnelles.

Cette méthode de réduction progressive des hypothèses est fondamentale.

Un PAN n'est pas nécessairement un objet exotique. C'est d'abord un événement qui, au moment de l'observation ou après une première analyse, n'a pas encore reçu d'identification satisfaisante.

Cette distinction est capitale. Le mot « non identifié » ne signifie pas « extraterrestre »

C'est probablement ici que l'information doit être abordée avec le plus de prudence. Le rapprochement AARO-CRIDOVNI ne constitue aucunement, à lui seul, la preuve d'une présence extraterrestre. Il ne signifie pas davantage que les deux gouvernements disposent d'informations secrètes démontrant l'existence d'engins d'origine non humaine.

Ce que cette coopération démontre, en revanche, est beaucoup plus concret : les autorités aéronautiques considèrent suffisamment sérieuse la question des anomalies pour consacrer des moyens à l'amélioration de leur identification.

Cette nuance est essentielle.

Dans une enquête scientifique ou militaire, le terme « inexpliqué » décrit l'état des connaissances. Il ne constitue pas une conclusion sur la nature du phénomène. Un objet peut rester non identifié parce que les données sont insuffisantes, parce que les capteurs ont produit des informations contradictoires ou parce que l'événement n'a pas pu être reconstitué avec suffisamment de précision. L'enjeu de la coopération internationale est justement de réduire cette zone d'incertitude.

Une petite commission qui possède une grande expérience

La CRIDOVNI mérite à cet égard davantage d'attention en dehors de l'Amérique latine. Depuis sa création, elle a accumulé un important corpus de signalements. En 2026, son président, le colonel Ariel Sánchez, expliquait encore que la commission travaillait selon un protocole destiné à recueillir les témoignages et les éléments graphiques avant de rechercher les explications conventionnelles.

Cette philosophie rejoint finalement celle affichée aujourd'hui par les programmes UAP modernes : ne pas partir de la conclusion, mais partir des données. Il existe néanmoins une différence importante entre cette ambition méthodologique et les moyens réellement disponibles.

Des sources uruguayennes ont décrit la CRIDOVNI comme une structure disposant de ressources humaines et matérielles très modestes. Un article consacré à son fonctionnement indiquait notamment que ses membres travaillaient dans des conditions très éloignées des moyens technologiques généralement associés aux programmes américains. C'est précisément pourquoi l'accès à des outils, des logiciels, des méthodes d'analyse et éventuellement à des données supplémentaires pourrait représenter un changement significatif.

Le développement des PAN comme objet d'étude pose un problème qui dépasse largement la question des OVNI. Chaque pays possède ses propres catégories, ses propres procédures de signalement et ses propres critères d'évaluation.

Or un phénomène aérien ne s'arrête pas aux frontières.

Un objet détecté dans l'espace aérien d'un pays peut être observé quelques minutes plus tard par les capteurs d'un autre. Une trajectoire mal comprise peut être reconstruite grâce aux données d'un système étranger. Une observation considérée comme insignifiante dans un pays peut prendre une autre dimension lorsqu'elle est rapprochée d'un événement enregistré ailleurs.

La coopération AARO-CRIDOVNI pourrait donc contribuer à une évolution particulièrement intéressante : la constitution progressive d'un langage commun de l'enquête sur les PAN.

C'est probablement l'une des évolutions les plus importantes du dossier contemporain. L'Amérique latine entre dans le nouveau paysage UAP L'histoire des OVNI est souvent racontée comme une histoire exclusivement américaine.

Elle ne l'est pas.

Des organismes gouvernementaux ont étudié le phénomène en France, au Royaume-Uni, au Canada, en Russie, dans les pays nordiques et ailleurs. Des travaux scientifiques contemporains soulignent d'ailleurs que les PAN constituent un phénomène étudié dans plusieurs pays et que leur investigation ne peut être réduite à une problématique américaine. Dans ce contexte, l'expérience uruguayenne prend une dimension particulière.

L'Uruguay possède probablement l'une des plus anciennes structures gouvernementales consacrées de façon continue à l'étude des OVNI. La coopération avec AARO constitue donc une sorte de rencontre entre l'ancien monde de l'ufologie institutionnelle et le nouveau monde des UAP, dominé par les capteurs, les bases de données, l'intelligence artificielle et l'analyse multidisciplinaire.

Il faut enfin résister à une tentation très présente dans le dossier OVNI : transformer chaque rencontre institutionnelle en événement extraordinaire.

La rencontre AARO-CRIDOVNI ne permet pas de conclure que Washington possède des preuves d'engins extraterrestres. Elle ne permet pas davantage d'affirmer que l'Uruguay aurait découvert des objets d'origine inconnue au sens physique du terme. Mais elle révèle quelque chose de beaucoup plus tangible.

Les PAN commencent progressivement à devenir un sujet de coopération internationale normalisé.

Hier, chaque pays enquêtait essentiellement dans son coin. Aujourd'hui, les organismes commencent à échanger leurs méthodes. Demain, ils pourraient échanger leurs bases de données, leurs protocoles, leurs logiciels et leurs données instrumentales. Et c'est peut-être là que se situe le véritable tournant. Car la question fondamentale n'est plus seulement : « Que sont les OVNI ? »

Elle devient progressivement :

« Comment pouvons-nous, collectivement, déterminer ce qui se trouve réellement dans notre ciel ? »

Cette formulation est moins spectaculaire. Mais elle est infiniment plus scientifique.

Et, paradoxalement, c'est peut-être en abandonnant la recherche immédiate d'une réponse extraordinaire que l'enquête internationale sur les PAN commencera enfin à produire des résultats extraordinaires.

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INFORMATION DE L’ARMME DE L’AIR URUGUAYENNE

L'armée de l'air uruguayenne continue de renforcer la coopération internationale en matière de recherche aérospatiale.

Par l'intermédiaire de la Commission de réception et d'enquête sur les plaintes d'objets volants non identifiés (CRIDOVNI), la FAU a tenu des réunions de travail et des ateliers techniques avec le Bureau de résolution des anomalies de tous les domaines (AARO) du Département de la guerre des États-Unis, dans le but d'échanger expériences et renforcer les capacités de recherche sur les phénomènes anormaux non identifiés (UAP).

Au cours de la réunion, des méthodologies scientifiques pour l'analyse de cas, l'échange de procédures visant à éliminer les phénomènes conventionnels et l'évaluation des futurs outils technologiques et logistiques qui contribueront à optimiser les capacités de recherche de l'armée de l'air uruguayenne.

De même, des progrès ont été réalisés dans la projection de l'Uruguay en tant qu'accueil possible d'un prochain atelier régional sud-américain visant à normaliser les processus de collecte et d'analyse de données, à promouvoir la coopération internationale et le renforcement de la sécurité aérienne.

Avec ces instances d'échanges, l'armée de l'air uruguayenne réaffirme son attachement à la recherche scientifique, à la coopération internationale et au renforcement des capacités qui contribuent à la surveillance et à la protection de notre espace aérien souverain.

SOURCE : COMPTE OFFICIEL DE L’ARMEE DE L’AIR URUGUYENNE SUR INSTAGRAM : https://www.instagram.com/p/DbdTUICjhmb/?img_index=3


Document intéressant :

1   -   Chambre des représentants de l’Uruguay – document officiel, 6 avril 2026
C’est probablement la source la plus intéressante que j’ai trouvée. Un député uruguayen a adressé au ministère de la Défense une demande officielle d’informations concernant un accord entre la Force aérienne uruguayenne, via la CRIDOVNI, et des organismes américains pour l’étude des phénomènes aériens non identifiés.
La demande pose notamment des questions sur le matériel et les logiciels qui pourraient être fournis, l'installation éventuelle de stations d'observation, la gestion des données, leur partage avec les organismes étrangers et la présence éventuelle de personnel américain en Uruguay.

https://documentos.diputados.gub.uy/docs/L50/Oficio/05073.pdf?utm_source=chatgpt.com

2   -   Une décision officielle de 2020 confirme également que la Force aérienne uruguayenne reconnaît la CRIDOVNI comme la commission chargée de traiter les demandes et informations relatives aux objets volants non identifiés. C'est une source intéressante pour établir le statut institutionnel de la commission.

https://www.gub.uy/unidad-acceso-informacion-publica/sites/unidad-acceso-informacion-publica/files/2020-11/RESUAIP2016_AA_FuerzaAereaUruguaya.pdf?utm_source=chatgpt.com

 

Équipe rédactionnelle du GEOS France

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