Pourquoi le Congrès Américain n'obtient pas toute la vérité sur les UAP - OVNI ?
Pourquoi le Congrès n'obtient pas toute la vérité sur les PAN ? C'est la question qui hante Washington depuis 2017, et qui a transformé un sujet longtemps moqué en bataille constitutionnelle sur le secret.
Le paradoxe américain
Le Congrès américain a créé les outils pour enquêter, il finance les bureaux chargés d'enquêter, et pourtant ses propres membres disent ne pas avoir accès aux dossiers. Le 9 juin 2026, des élus, des lanceurs d'alerte et des journalistes se sont encore rassemblés au Capitole pour réclamer la publication des dossiers PAN, alors que des promesses de transparence restaient sans suite.
Ce n'est pas un manque d'intérêt. C'est un système qui est conçu pour ne pas livrer ses secrets.
1. Une loi historique vidée de sa substance
Le tournant devait être le UAP Disclosure Act de 2023, aussi appelé amendement Schumer-Rounds.
Porté par les sénateurs Todd Young, Chuck Schumer, Mike Rounds, Marco Rubio, Kirsten Gillibrand et Martin Heinrich, le texte s'inspirait directement du JFK Assassination Records Collection Act. Son principe : la National Archives doit collecter tous les documents PAN de tous les bureaux gouvernementaux sous une présomption de divulgation immédiate, et une commission indépendante doit justifier chaque maintien en classification.
Le texte prévoyait même une autorité de domaine éminent sur tout matériel PAN détenu par des contractants privés.
Ce qui a été voté dans le NDAA final est tout autre. Le Congrès a adopté une version édulcorée, décrite comme un mécanisme modeste, bien moins susceptible de permettre la localisation, l'extraction et la divulgation des dossiers importants qui pourraient être étroitement détenus ou même oubliés depuis longtemps.
Selon plusieurs observateurs présents aux négociations, la disposition sur la commission indépendante et sur les contractants a été retirée à la Chambre, notamment sous l'impulsion du représentant Mike Turner. Le texte a dû être réintroduit en 2024 et à nouveau en 2025 comme amendement au NDAA 2026 par le représentant Eric Burlison pour tenter de restaurer l'exigence de divulgation publique.
Sans commission avec pouvoir de déclassification, le Congrès dépend du bon vouloir des agences qu'il est censé contrôler.
2. Le mur de la classification et du compartimentage
Le deuxième verrou est légal. Le Freedom of Information Act oblige les agences à divulguer l'information demandée sauf si elle relève de neuf exemptions qui protègent notamment la sécurité nationale, la vie privée ou le maintien de l'ordre. Le Congrès n'est lui-même pas soumis au FOIA, mais il ne peut pas non plus forcer une déclassification par ce biais.
Dans le monde du renseignement, l'accès ne dépend pas du grade mais du besoin d'en connaître. Un programme à accès spécial non reconnu peut exister sans être briefé à l'ensemble des commissions de surveillance. C'est ce qui rend le compartimentage si efficace.
L'outil créé pour briser ce mur, l'All-domain Anomaly Resolution Office, illustre le problème. L'AARO a été créé par le NDAA 2022 pour résoudre les observations, améliorer le partage de données entre le Pentagone et la communauté du renseignement et informer le Congrès. Mais son budget reste classifié, ce qui interdit une surveillance significative de la part du Congrès.
On demande à un bureau de faire la lumière, sans lui donner les moyens d'être contrôlé.
3. L'angle mort des entreprises privées
C'est l'argument le plus cité par les élus pro-divulgation comme Tim Burchett ou Anna Paulina Luna.
Le récit principal qui circule au Capitole, résumé par l'AARO lui-même, allègue que le gouvernement américain et des partenaires industriels posséderaient et testeraient une technologie d'origine non terrestre dissimulée à la surveillance du Congrès depuis 1947 ou 1964, avec jusqu'à 12 engins allégués.
Si un matériel ou un programme a été transféré à un contractant de défense privé sous contrat de recherche aérospatiale, il sort du circuit classique de surveillance. Il n'est plus un programme gouvernemental à proprement parler, il devient une propriété intellectuelle privée protégée par le secret des affaires et par des accords de non divulgation.
C'est précisément pour cela que la version initiale du Disclosure Act prévoyait l'autorité de domaine éminent. Sans elle, l'idée d'un Groupe d'archives 615 qui crée un lieu d'archivage permanent au sein d'une institution fédérale dotée de procédures FOIA et d'obligations de conservation, même si les documents transférés sont classifiés au moment du transfert, reste lettre morte.
L'AARO répond de son côté qu'aucun des programmes mentionnés par les
personnes interrogées ne sont des programmes de rétro-ingénierie PAN et que
tous les programmes authentiques ont été correctement notifiés aux commissions
de défense et de renseignement. Deux versions incompatibles du même système
coexistent donc officiellement.
4. La guerre interne et le prix des lanceurs d'alerte
Les auditions publiques de 2023 avec David Grusch, David Fravor et Ryan Graves avaient pour thème explicite les implications pour la sécurité nationale et la transparence du gouvernement. Elles ont mis en lumière un autre frein : les représailles.
Grusch a témoigné avoir subi le retrait de son habilitation, le refus de promotion et la perte de sa retraite médicale après sa participation à la divulgation.
En janvier 2024, les membres de la sous-commission sécurité nationale ont reçu un briefing classifié de l'inspecteur général de la communauté du renseignement sur la transparence des PAN. Plusieurs élus ont dit leur frustration face au manque de nouvelles informations concernant les allégations de Grusch.
Les témoins suivants, en novembre 2024 et septembre 2025, ont insisté sur des impédiments systémiques à la divulgation au sein des bureaucraties du renseignement et de la défense, faisant écho aux affirmations de Grusch sur des programmes compartimentés. Autrement dit, même quand le Congrès demande, l'information ne remonte pas parce que personne à l'intérieur ne veut prendre le risque de la faire remonter.
5. Deux peurs qui s'annulent
Le Pentagone n'a pas une position monolithique. Il y a deux logiques qui
bloquent pour des raisons opposées.
D'un côté, l'AARO a conclu dans son Volume 1 qu'il n'a trouvé aucune preuve vérifiable qu'une observation de PAN ait représenté une activité extraterrestre ou qu'une information ait été illégalement ou de manière inappropriée dissimulée au Congrès. Pour une partie de l'establishment, il n'y a rien à divulguer, seulement des erreurs de capteurs, des ballons et des programmes américains confidentiels qu'il faut protéger.
De l'autre, les partisans de la transparence craignent que révéler comment les États-Unis détectent et suivent ces objets ne révèle aussi les capacités des capteurs américains à la Chine ou à la Russie.
Le résultat est le même. Le 19 février 2026, le président Trump ordonne au Pentagone de divulguer tous les dossiers sur les UFO et UAP, mais le 8 mars 2026, rien n'est publié. L'ordre existe, l'exécution s'enlise.
6. Que manque-t-il pour que ça change ?
Si l'on écoute à la fois les enquêteurs du Congrès et les défenseurs du
statu quo, il manque trois éléments concrets :
1. Une commission indépendante avec pouvoir de déclassification. Sans elle, chaque agence reste juge de ses propres secrets.
2. Une transparence budgétaire de l'AARO. Tant que son financement est classifié, le contrôle reste théorique.
3. Une protection réelle des témoins. Les auditions intitulées Restoring Public Trust Through UAP Transparency and Whistleblower Protection montrent que le Congrès a compris le problème, mais sans mécanisme de protection contre la perte d'habilitation, peu de témoins actifs parleront.
Le Congrès américain n'obtient pas tous les documents sur les PAN non pas à
cause d'une seule conspiration, mais à cause d'une superposition de protections
légales, d'intérêts industriels, de rivalités bureaucratiques et d'une doctrine
de sécurité qui considère que le doute est parfois plus sûr que la vérité.
C'est pour cela que la question a cessé d'être seulement : y a-t-il quelque chose là-haut ? Elle est devenue : qui, au sol, a le droit de savoir ?
Équipe Rédactionnelle du GEOS France MR
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