COMMENTAIRE
Cette formulation est importante. Elle ne constitue évidemment pas une
reconnaissance de l'existence de vaisseaux extraterrestres et encore moins la
confirmation d'une présence extraterrestre sur Terre. Mais elle rompt avec une
attitude qui, pendant des décennies, a souvent consisté à considérer le sujet
OVNI comme périphérique aux missions scientifiques traditionnelles de la NASA.
« Soyez ouvert d'esprit »
La phrase placée par Isaacman en préambule est probablement l'élément le
plus révélateur de son intervention : « Ma position avant d'aborder chacun
de ces sujets : premièrement, soyez ouvert d'esprit. »
Cette attitude correspond finalement assez bien à la démarche scientifique
lorsqu'elle est correctement comprise. Être ouvert d'esprit ne signifie pas
croire à une hypothèse ; cela signifie accepter de l'examiner tant que les
données ne permettent pas de la réfuter. Dans le cas des UAP, plusieurs
hypothèses doivent donc rester simultanément envisageables :
- ·
Phénomène
astronomique mal identifié ;
- ·
Ballon ou
autre objet aérien ;
- ·
Drone ;
- ·
Phénomène
météorologique ;
- ·
Artefact
ou problème de capteur ;
- ·
Technologie
militaire américaine ou étrangère ;
- ·
Phénomène
encore inexpliqué ;
- et, beaucoup plus spéculativement, phénomène d'origine non humaine.
La dernière hypothèse ne peut scientifiquement être placée au même niveau
que les précédentes sans éléments matériels permettant de l'étayer.
Le spectre du « moment Spoutnik »
Isaacman établit également un rapprochement avec Spoutnik 1, lancé par
l'Union soviétique en octobre 1957.
Cette comparaison est particulièrement intéressante.
À l'époque, le lancement du premier satellite artificiel soviétique avait
provoqué un véritable choc aux États-Unis. Il ne s'agissait pas seulement d'une
prouesse scientifique : Washington découvrait brutalement que Moscou possédait
des capacités spatiales susceptibles d'avoir des implications militaires
considérables. Pour Isaacman, l'augmentation des signalements d'UAP pourrait
produire une inquiétude comparable si les États-Unis découvraient qu'une autre
puissance dispose de technologies aéronautiques ou spatiales largement
supérieures aux leurs.
C'est ici que son propos doit être correctement interprété.
Il ne dit pas : « les extraterrestres sont parmi nous ». Il pose
plutôt une question stratégique :
Et si certains phénomènes actuellement non identifiés correspondaient à une
technologie que les États-Unis ne comprennent pas ?
Dans cette perspective, les UAP deviennent d'abord un problème de sécurité
nationale, de renseignement et de supériorité technologique, avant d'être une
question extraterrestre.
« Si ce sont des extraterrestres, la NASA devrait avoir voix au chapitre »
La deuxième partie de son propos est cependant beaucoup plus inhabituelle. Isaacman
considère que, si une origine extraterrestre était un jour démontrée, la NASA
devrait participer aux discussions et aux investigations. Cette remarque paraît
évidente lorsqu'on considère les compétences de l'agence : astronomie,
exploration planétaire, recherche de traces de vie, astrobiologie, observation
de la Terre et étude de l'environnement spatial.
Mais elle possède également une portée institutionnelle.
Depuis quelques années, le dossier UAP s'est principalement développé
autour du Pentagone, des services de renseignement, des militaires et du
Congrès. La NASA avait une position plus périphérique. L'agence avait certes
organisé en 2023 un groupe d'étude indépendant consacré aux UAP, mais elle
avait soigneusement distingué l'étude scientifique des phénomènes de toute
affirmation concernant une origine extraterrestre.
Avec Isaacman, on observe donc peut-être une évolution de langage : La
NASA ne revendique pas une preuve extraterrestre ; elle revendique le droit
scientifique de participer à l'examen de cette hypothèse si des éléments
sérieux apparaissaient.
Une nuance fondamentale : «
inexpliqué » ne signifie pas « extraterrestre »
C'est probablement le point qui doit être souligné avec le plus de force
dans une analyse historique du dossier. Le vocabulaire UAP peut parfois donner
l'impression qu'un phénomène « non identifié » constitue nécessairement quelque
chose d'extraordinaire.
Or :
UAP ≠ extraterrestre.
Un phénomène peut être parfaitement réel tout en demeurant temporairement
non identifié. Un témoignage provenant du Mali, du Sénégal, de Madagascar,
d'Afrique du Sud ou de la République démocratique du Congo ne devient pas
extraterrestre parce qu'il demeure inexpliqué après une première enquête. Il
faut distinguer au minimum :
Observation → identification impossible →
phénomène inexpliqué → hypothèse extraordinaire → preuve.
Entre ces cinq niveaux, il existe une différence considérable.
Une évolution intéressante du
discours américain
L'intérêt de la déclaration d'Isaacman réside donc moins dans une prétendue
« révélation extraterrestre » que dans la normalisation progressive de la
question UAP dans les institutions scientifiques et gouvernementales
américaines. Pendant longtemps, parler d'OVNI dans une institution scientifique
pouvait être perçu comme peu sérieux. Aujourd'hui, le terme UAP permet de
déplacer la discussion :
- « Que sont ces phénomènes ? »
Plutôt que :
- « Croyez-vous aux extraterrestres ?
Cette modification sémantique est importante. Elle permet à des
scientifiques, militaires, pilotes et ingénieurs de discuter d'observations
inhabituelles sans devoir préalablement accepter l'hypothèse extraterrestre.
Une déclaration importante, mais pas
une preuve
Il faut donc éviter deux interprétations excessives de l'intervention
d'Isaacman. La première consisterait à annoncer :
« Le directeur de la NASA reconnaît enfin les extraterrestres. » Ce serait faux.
La seconde serait de considérer sa déclaration comme insignifiante. Ce serait également une erreur.
Ce qui est réellement nouveau est peut-être plus subtil : le responsable de
la NASA estime désormais publiquement que l'agence doit être prête à examiner
sérieusement la question si des éléments suffisamment solides apparaissent.
Cela constitue une différence importante entre :
- Croire aux extraterrestres
Et
- Accepter d'étudier scientifiquement la possibilité d'une origine non humaine.
Conclusion
La déclaration de Jared Isaacman ne constitue donc pas une confirmation
extraterrestre. Elle représente plutôt un changement de posture
institutionnelle.
Le message pourrait se résumer ainsi : Ne croyons pas sans preuves, mais ne
rejetons pas une hypothèse avant d'avoir examiné les données. C'est
probablement la partie la plus intéressante de son intervention.
Pour l'histoire de l'ufologie, cette évolution est loin d'être anodine.
Après les décennies de Project Blue Book, les travaux de Hynek, le rapport
Condon, puis l'apparition du vocabulaire UAP et l'implication croissante du
Pentagone et du Congrès, le dossier semble progressivement passer d'un sujet
marginal à une question pouvant être traitée sous l'angle de la science, du
renseignement, de la sécurité aérienne et de l'astronomie.
Et si, un jour, une observation était effectivement démontrée comme étant
d'origine non humaine, la question ne serait alors plus seulement :
« Sommes-nous seuls dans l'Univers ? »
Elle deviendrait également :
« Qui doit enquêter, qui doit analyser les données et qui doit informer le public ? »
C'est précisément sur ce terrain que la phrase d'Isaacman — « si ce sont
des extraterrestres, je pense que la NASA devrait avoir voix au chapitre »
— prend toute sa portée historique.
G.E.O.S. France
Source des
déclarations : https://www.space.com/space-exploration/search-for-life/nasa-chief-jared-isaacman-wants-to-stay-open-minded-about-ufos-if-its-aliens-i-think-nasa-should-have-a-seat-at-the-table





