État des connaissances, analyse
critique et examen des documents
L'affaire de Magenta (Lombardie, Italie) est devenue, depuis 2023, (bien
que déjà connue, mais peu médiatisée) l'un des dossiers historiques les plus
discutés de l'ufologie mondiale. Si elle était authentifiée, elle constituerait
le plus ancien cas documenté de récupération d'un appareil non identifié par un
gouvernement moderne, bien avant l'affaire de Roswell (1947).
Toutefois, malgré l'intérêt qu'elle suscite, aucune preuve définitive n'a
encore été apportée. L'affaire repose essentiellement sur des documents
divulgués, des témoignages indirects et quelques recoupements historiques. Des
recherches plus approfondies restent à faire afin d’authentifier cette affaire.
Les origines de l'affaire
Selon plusieurs sources américaines apparues à partir de 2023, notamment
les déclarations de l'ancien officier du renseignement américain David Grusch,
un appareil d'origine inconnue se serait écrasé près de Magenta, au nord-ouest
de Milan. La date de cet incident généralement retenue est le 13 juin 1933
L'Italie est alors dirigée par le régime fasciste de Benito Mussolini. Selon
ce récit il s’agit d’un engin métallique inconnu qui serait tombé sans
explosion majeure, ensuite il aurait été récupéré rapidement par les autorités
italiennes. Le site aurait été immédiatement placé sous contrôle militaire et le
secret aurait été imposé par le régime. Les documents décrivent un appareil de
forme discoïdale ou lenticulaire mesurant environ 10 à 15 mètres, sans ailes, sans
hélice et sans gouvernes.
Plusieurs documents parlent d'un objet parfaitement métallique qui est dépourvu
de rivets visibles, construit d'une manière inconnue. L'objet possédait une
coque constituée d'un seul tenant et aucune propulsion identifiable n'aurait
été retrouvée.
L'élément le plus célèbre de l'affaire concerne un groupe secret appelé
RS/33. Les documents affirment que Mussolini aurait créé une cellule spéciale
chargée d'étudier l'engin et ce comité aurait été placé sous la direction du
scientifique Guglielmo Marconi.
Les documents parlent d'une commission scientifique, d'une surveillance
militaire et d'une interdiction absolue de communiquer. Il faut noter qu’aucun
document officiel italien incontestable ne confirme aujourd'hui l'existence
administrative de ce comité sous cette forme. Sur ce point des recherches
complémentaires dans les archives militaires seraient à entreprendre.
Les premiers documents sont apparus dans les années 1990 (1996 précisément)
auprès du chercheur italien Roberto Pinotti. Ils comprennent notamment selon les différentes sources, plusieurs télégrammes, une circulaire du ministère de l'Intérieur,
et entre autres des notes attribuées au
cabinet RS/33. À la lecture de ces documents, on note qu’ils évoquent un "appareil aérien inconnu »
confirment l'interdiction de diffuser des
informations et évoquent l'ouverture
d'une enquête scientifique. Pour plus de précision Roberto Pinotti et
Alfredo Lissoni ont reçu ces documents anonymement d'une source se faisant
appeler « M. X ». Le paquet contenait des documents originaux et des
photocopies datant des années 1930. Ainsi que nous le constatons, l’origine
réelle des documents est de source anonyme et non pas issue d’une recherche
dans les archives officielles !
Alors que la plupart des journaux
italiens ont largement ignoré la fuite, le journal UFO Notiziario de
Pinotti y a consacré une large couverture. Parmi les documents figuraient des
brouillons de télégrammes signés au nom de Mussolini, une note décrivant un
disque métallique percé de hublots, des croquis de l'engin et de nombreuses
références à RS/33.
Les télégrammes constituent les pièces principales. Ils portent
généralement l'en-tête du régime fasciste, des cachets administratifs et des
signatures difficiles à identifier. On retrouve dans ces télégrammes
l’obligation d'empêcher toute publication concernant un appareil non identifié
tombé près de Magenta. Ils mentionnent aussi qu’il s’agit d’un "appareils
non conventionnels" ou d’un engin de nature inconnue » suivant diverses
traductions.
Certaines versions racontent que aussi l’intervention des Allemands qui après
la chute de Mussolini en 1943, auraient récupéré l'appareil. Il faut noter
aussi que d’autres affirment au contraire qu'il aurait été transféré aux
États-Unis après 1945.
Cette seconde hypothèse rejoint les déclarations de David Grusch, selon
lesquelles des matériels récupérés en Europe auraient été récupérés par les
Américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, malgré les
documents déclassifiés ces dernières années et rendus publiques aucun document
militaire américain ne confirme aujourd'hui un tel transfert.
Examinons en quelques mots les déclarations à ce propos de David Grusch. En
2023, David Grusch déclare devant des journalistes et auprès de parlementaires
américains que les États-Unis auraient récupéré un appareil italien datant de
1933. Il précise qu'il n'a jamais vu personnellement cet appareil, que ses
affirmations proviennent de personnes ayant eu accès à des programmes
classifiés et qu'il s'agit d'informations obtenues dans le cadre de ses
fonctions.
Son témoignage relance immédiatement le dossier Magenta mais là encore Il
ne produit cependant aucun document original supplémentaire. C’est le souci
avec les déclarations de David Grusch, il ne produit aucune preuve indiscutable
dans la plupart de ses affirmations !
Quelques chercheurs se sont penchés sur cette affaire de Magenta, les avis
divergent. Les partisans soulignent la cohérence des documents, également le
contexte fasciste favorable au secret et que la présence d'en-têtes
administratifs qui sont plausibles. En ce qui concerne l’ancienneté des papiers
ils estiment qu'il serait difficile de fabriquer un ensemble aussi cohérent
avant que le sujet ne devienne médiatique.
Par contre, dans le milieu des sceptiques, ils avancent qu’il n’y a aucune
chaîne documentaire car on ignore qui a rédigé les documents, comment ils ont
été conservés et où se trouvent les originaux.
Cela constitue une faiblesse majeure.
Pas d'archives officielles : Aucune archive officielle italienne
ouverte au ministère de la Défense, ni aux archives nationales ni dans les archives
de la police politique, n'a confirmé l'existence du dossier.
Plusieurs spécialistes italiens ont remarqué des signatures peu
convaincantes voire difficilement attribuables et qu’au niveau des tampons ils
estiment que certains cachets semblent conformes à ceux utilisés sous le
fascisme. Mais cela ne suffit pas à démontrer leur authenticité. Ajoutons que
quelques historiens estiment que certaines formulations ne correspondent pas
parfaitement au langage administratif italien des années 1930 mais par contre d'autres
considèrent au contraire qu'elles restent plausibles. Difficile donc de
conclure à une réelle authenticité.
Plusieurs versions existent au niveau des incohérence, selon les auteurs l'objet
est discoïdal pour d’autres cylindrique (forme d’un cigare) ou encore lenticulaire.
La date varie parfois, le lieu précis change également. Erreurs ou divergences
dans les documents ? En tout état de cause, ces variations fragilisent le
récit.
En analysant ce dossier à partir de nombreuses sources, on note qu’à ce
jour on ne retrouve aucun examen scientifique indépendant sur la qualité du
papier, de l'encre, des tampons ou des machines à écrire utilisées En fait aune
analyse n'a été publié dans une revue spécialisée.
De nombreux éléments jouent toutefois en faveur de l'authenticité car certains
documents étaient connus avant la médiatisation récente, le fait que plusieurs
détails administratifs paraissent cohérents avec l’époque qu’il est prouvé que le
régime fasciste pratiquait effectivement un contrôle très strict de
l'information et que la création de commissions spéciales secrètes n'aurait
rien eu d'inhabituel sous Mussolini. Ajoutons que le contexte politique rend
crédible l'existence de dossiers secrets.
Évaluation critique
En appliquant les critères utilisés en histoire et en critique documentaire, le dossier peut être résumé ainsi :
|
Critère |
Évaluation |
|
Existence de documents |
Oui |
|
Documents originaux
accessibles |
Non |
|
Chaîne de conservation
connue |
Non |
|
Expertise scientifique
indépendante |
Non |
|
Témoins contemporains
identifiés |
Non |
|
Confirmation par les
archives italiennes |
Non |
|
Confirmation américaine |
Non |
|
Cohérence générale |
Moyenne à bonne |
|
Force probante globale |
Faible à moyenne |
On peut conclure en quelques lignes.
L'affaire de Magenta est aujourd'hui l'un des dossiers historiques les plus
fascinants de l'ufologie, car elle mêle archives supposées, contexte politique
crédible et déclarations contemporaines de personnalités comme David Grusch.
Toutefois, sur le plan méthodologique, les éléments disponibles restent
insuffisants pour établir comme un fait historique la récupération d'un
appareil d'origine inconnue en 1933.
Les documents attribués au dossier RS/33 présentent des aspects compatibles
avec l'administration fasciste, mais leur origine, leur chaîne de conservation
et leur authenticité n'ont pas été démontrées par des expertises indépendantes.
En l'absence d'originaux accessibles, d'analyses matérielles publiées et de
confirmations dans les archives officielles italiennes ou américaines,
l'hypothèse demeure ouverte mais non prouvée.
Pour un chercheur ou un historien, le cas de Magenta doit donc être
considéré comme un dossier à fort intérêt documentaire, méritant des
investigations complémentaires, plutôt que comme une preuve établie d'une
récupération d'OVNI. Si de nouvelles archives gouvernementales ou des
expertises scientifiques des documents venaient à être rendues publiques, elles
pourraient modifier sensiblement l'évaluation de cette affaire.
Avec plaisir. C'est effectivement le cœur du dossier Magenta. Toute la
crédibilité de l'affaire repose sur une dizaine de documents (télégrammes,
notes et circulaires) publiés principalement par l'ufologue italien Roberto
Pinotti. Leur analyse permet de distinguer ce qui relève de l'archive
historique de ce qui demeure une hypothèse.
Photos : quelques documents issus du dossier RS/33
Analyse critique des principaux
télégrammes du dossier RS/33
Les documents attribués au programme RS/33 constituent aujourd'hui
l'essentiel des preuves avancées en faveur de l'existence d'un crash d'un
appareil inconnu en Italie en 1933. Ils auraient été rédigés entre juin 1933 et
les années suivantes par différentes administrations du régime fasciste. Bien
que plusieurs versions circulent, le corpus documentaire reste relativement
limité et comprend essentiellement des télégrammes, des notes administratives
et des correspondances internes.
Document n°1 : le télégramme annonçant l'incident
Le premier document est généralement présenté comme un télégramme adressé
aux autorités locales peu après le 13 juin 1933.
Il évoque la découverte d'un « appareil aérien inconnu » (velivolo
sconosciuto dans certaines versions italiennes) tombé dans la région de
Magenta. Le texte demande aux autorités civiles et militaires d'assurer la
protection du site et d'empêcher toute divulgation d'informations.
S'il est authentique, ce télégramme démontrerait que les autorités
italiennes ont effectivement été confrontées à un événement aéronautique jugé
suffisamment important pour justifier une intervention immédiate de l'État.
Nous regrettons que l'original n'ait jamais été présenté publiquement (à
notre connaissance – Valable pour tous les documents). Les chercheurs
disposent uniquement de reproductions photographiques ou de photocopies. Aucune
expertise du papier, de l'encre ou de la machine à écrire n'a été publiée. Des
recherches sont donc à ce niveau souhaitable pour authentifier ce document.
Document n°2 : les ordres de censure
Le deuxième document est probablement le plus célèbre.
Il s'agit d'une circulaire attribuée au ministère de l'Intérieur demandant
aux préfets italiens de ne laisser publier aucune information concernant
l'incident.
Le texte insiste sur la nécessité d'éviter toute diffusion de rumeurs
susceptibles de troubler l'ordre public.
Analyse historique
Cette circulaire est compatible avec le fonctionnement du régime fasciste.
Dans les années 1930, la presse italienne était étroitement contrôlée, et les
préfets recevaient régulièrement des instructions concernant la censure.
Les interrogations
Les historiens soulignent néanmoins qu'aucun registre officiel du ministère
de l'Intérieur ne mentionne cette circulaire. Sa numérotation administrative
n'a pas non plus pu être vérifiée.
Document n°3 : la création du cabinet RS/33
Plusieurs notes mentionnent l'existence d'un organisme désigné sous le nom
de RS/33.
Selon ces documents, cette structure devait coordonner les recherches
scientifiques relatives à l'objet récupéré. Le texte laisse entendre que
plusieurs scientifiques et responsables militaires participaient aux travaux.
Analyse
Ce document est fondamental, car il constitue la seule source connue
mentionnant explicitement le programme RS/33.
Les critiques
Aucune archive officielle italienne ne contient aujourd'hui un décret de
création, un budget, une liste de personnel ou un rapport d'activité concernant
RS/33. En histoire administrative, cette absence est un point faible important.
Document n°4 : la participation de Guglielmo Marconi
Certaines notes attribuent un rôle majeur à Guglielmo Marconi, qui aurait
dirigé ou supervisé les recherches scientifiques.
Les éléments favorables
Marconi entretenait effectivement des liens étroits avec le régime
fasciste. Il conseillait le gouvernement sur plusieurs projets technologiques
sensibles et jouissait d'un immense prestige scientifique.
Les éléments défavorables
Aucun document personnel de Marconi — carnet de laboratoire, correspondance
ou rapport scientifique — ne fait référence à un appareil récupéré à Magenta.
Cette absence ne permet ni de confirmer ni d'infirmer son implication.
Document n°5 : la description technique de l'appareil
Plusieurs documents décrivent un engin métallique de forme lenticulaire,
dépourvu d'ailes, d'hélices et de rivets apparents. Ils évoquent une structure
particulièrement avancée pour l'époque.
Analyse critique
Ces descriptions rappellent fortement celles des « soucoupes volantes »
popularisées après 1947. Les sceptiques estiment qu'elles pourraient avoir été
influencées par la culture ufologique moderne. Les partisans répondent qu'un
objet discoïdal aurait précisément pu inspirer les descriptions ultérieures.
En l'absence de l'épave ou de photographies authentifiées, aucune
conclusion ne peut être tirée.
Document n°6 : le transfert de l'appareil
Des notes plus tardives suggèrent que l'objet aurait été déplacé à
plusieurs reprises avant d'être récupéré, selon certaines versions, par les
forces américaines en 1945.
Évaluation
Ce point est aujourd'hui essentiellement soutenu par les déclarations de
David Grusch et par quelques auteurs spécialisés.
Aucun document militaire américain déclassifié ne confirme jusqu'à présent
ce transfert.
Les expertises réalisées
Contrairement à une idée largement répandue, aucune expertise judiciaire
complète n'a été publiée sur ces documents. À ce jour, il n'existe pas d'étude
scientifique indépendante portant sur la datation du papier, la composition
chimique des encres, l'identification des machines à écrire ou l'analyse des
cachets administratifs, la comparaison graphologique des signatures.
Pour un historien, cette absence constitue la principale faiblesse du
dossier.
Malgré ces réserves, plusieurs éléments continuent d'alimenter le débat. Les
documents présentent une mise en page compatible avec les télégrammes
administratifs italiens des années 1930. Certains cachets semblent correspondre
aux modèles utilisés par l'administration fasciste. Le vocabulaire employé est,
dans l'ensemble, cohérent avec celui des correspondances officielles de
l'époque. Enfin, le contexte politique rend crédible l'existence d'une
opération de censure si un événement jugé sensible s'était réellement produit.
Ces observations ne démontrent toutefois pas l'authenticité des documents.
Elles indiquent simplement qu'ils sont suffisamment élaborés pour justifier un
examen approfondi.
Du point de vue de la critique documentaire, les télégrammes du dossier
RS/33 ne peuvent aujourd'hui être considérés ni comme authentifiés, ni comme
définitivement réfutés.
Ils constituent des documents d'origine incertaine, dont plusieurs
caractéristiques sont compatibles avec l'administration italienne des années
1930, mais dont la chaîne de conservation reste inconnue et dont aucune
expertise matérielle complète n'a été rendue publique.
En conséquence, ils doivent être considérés comme des sources historiques contestées. Ils justifient un intérêt scientifique réel, mais ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer qu'un appareil d'origine inconnue se soit effectivement écrasé à Magenta en 1933 ou que le programme RS/33 ait réellement existé sous la forme décrite.
ANALYSE DES SOURCES
Voici quelques remarques issues de notre analyse qui s'appuie sur les
sources aujourd'hui disponibles, en distinguant clairement les faits
documentés, les affirmations des promoteurs de l'affaire et les critiques des
historiens.
L'origine des documents RS/33 : enquête sur une archive controversée
L'un des aspects les plus importants de l'affaire de Magenta ne concerne
pas le prétendu crash lui-même, mais l'origine des documents qui en constituent
la principale preuve. Depuis leur apparition dans les années 1990, ces
télégrammes et notes administratives sont au cœur d'un débat opposant
chercheurs en ufologie, historiens et spécialistes de la critique documentaire.
L'histoire débute en 1996 lorsque l'ufologue italien Roberto Pinotti,
président du Centro Ufologico Nazionale (CUN), affirme avoir reçu un dossier
anonyme contenant plusieurs documents attribués à l'administration fasciste.
Selon son récit, l'expéditeur, connu sous le pseudonyme de « Mister X », se
présentait comme le descendant d'un ancien membre du supposé cabinet RS/33.
Le dossier comprenait notamment plusieurs télégrammes portant l'en-tête du
régime fasciste, une circulaire imposant la confidentialité sur un « velivolo
non convenzionale » (« aéronef non conventionnel »), des notes manuscrites
évoquant un groupe d'étude nommé RS/33, et divers documents relatifs à d'autres
observations aériennes survenues en Italie dans les années 1930.
Fait souvent méconnu, Roberto Pinotti n'a pas rendu ces documents publics
dès leur réception. Il a expliqué avoir d'abord pensé qu'il s'agissait d'un
faux particulièrement élaboré. Il les a publiés quelques temps après dans sa
revue « journal UFO Notiziario ». Pendant plusieurs années, il aurait cherché à vérifier leur
cohérence historique avant de les présenter par la suite lors du symposium
ufologique de Saint-Marin en 2000, puis repris par la suite par plusieurs
ouvrages consacrés aux « Fascist UFO Files ».
Cette prudence est généralement considérée comme un élément favorable à sa
démarche, même si elle ne constitue évidemment pas une preuve de l'authenticité
des documents.
Les expertises évoquées
Les défenseurs de l'affaire soutiennent que certains documents originaux
ont été soumis à des examens portant sur le papier, les encres et les
écritures. Selon Roberto Pinotti et le Centro Ufologico Nazionale, ces analyses
auraient conclu que les matériaux étaient compatibles avec les années 1930 et
qu'il ne s'agissait pas de faux modernes.
Cependant, un point essentiel doit être souligné : ces rapports d'expertise
n'ont pas été rendus, ni publiés dans
une revue scientifique ou une publication académique permettant une
vérification indépendante. Les conclusions sont principalement connues par les
déclarations de Pinotti, de ses collaborateurs et du CUN.
Autrement dit, il existe bien des affirmations selon lesquelles des
analyses ont été réalisées, mais la communauté historique ne dispose pas de
l'ensemble des éléments permettant d'en évaluer la méthodologie ou les
résultats. C’est une situation qui oblige à ne pas tenir compte de ces analyses
non sourcées et non prouvées.
En critique historique, la question essentielle est celle de la provenance
(provenance ou chain of custody). Dans le cas des documents RS/33, plusieurs
inconnues subsistent :
- - L’identité de « Mister X » n'a jamais été rendue publique ;
- - Les archives d'origine n'ont jamais été localisées ;
- - On ignore où les documents auraient été conservés entre 1945 et 1996 ;
- - Aucune institution italienne ne confirme leur présence dans ses fonds.
Pour un historien, pour un chercheur, cette absence de chaîne de
conservation continue constitue une faiblesse majeure.
Depuis la médiatisation de l'affaire, plusieurs chercheurs ont consulté les
archives publiques italiennes. À ce jour, aucun document officiel n’a été
retrouvé dans les fonds de l'État italien et rien ne confirme ces documents et
entre autres la création administrative du cabinet RS/33, la nomination de ses
membres ou l'ouverture d'un programme officiel consacré à un aéronef non
identifié.
Cela ne démontre pas que RS/33 n'a jamais existé — certaines archives
sensibles peuvent avoir disparu où rester classifiées — mais cela empêche toute
confirmation historique indépendante.
Les nouveaux documents
Au fil des années, Roberto Pinotti a indiqué avoir reçu d'autres pièces
documentaires venant compléter le dossier initial. Certaines auraient été
obtenues auprès d'autres particuliers ou d'anciens responsables italiens. Ces
nouveaux documents ont été présentés dans des livres, des conférences et des
publications du Centro Ufologico Nazionale. Mais là encore, ces pièces restent
principalement connues par les publications de leurs détenteurs et n'ont pas
fait l'objet d'une validation indépendante par les services d'archives
italiens. Dans ces conditions il est difficile de crédibiliser ces nouveaux
documents.
L'effet David Grusch
L'intérêt pour le dossier change radicalement en 2023 lorsque David Grusch
affirme que le premier cas de récupération d'un appareil d'origine inconnue
connu des services américains concerne précisément l'Italie en 1933. Il est
important de noter que Grusch ne présente aucun document nouveau. (Ainsi que
nous l’avons déjà signalé, c’est généralement sa méthode de faire, des
déclarations sans preuve qui n’engagent que ceux qui y croient !). Ses déclarations ne prouvent donc pas
l'authenticité des télégrammes RS/33, mais elles ont contribué à relancer
l'intérêt des chercheurs pour un dossier jusque-là essentiellement connu dans
les milieux ufologiques.
A nouveau nous répétons que la majorité des historiens adoptent aujourd'hui
une position prudente. Ils reconnaissent que plusieurs éléments des documents
paraissent compatibles avec les pratiques administratives de l'Italie fasciste
: vocabulaire, présentation des télégrammes, formulaires et certains cachets
administratifs. En revanche, ils soulignent qu'en histoire, la cohérence
formelle d'un document ne suffit jamais à établir son authenticité. Sans
provenance clairement établie, sans archives d'origine et sans expertise
indépendante accessible, ces documents demeurent des sources contestées.
Évaluation critique
Près de trente ans après leur apparition, les documents RS/33 occupent une
position singulière dans l'histoire de l'ufologie. Ils ne peuvent être
considérés ni comme des faux démontrés, ni comme des archives authentifiées. Ils
constituent un corpus documentaire intrigant, dont plusieurs caractéristiques
sont compatibles avec leur époque supposée, mais dont l'origine demeure
insuffisamment documentée. Pour cette raison, la plupart des historiens
considèrent aujourd'hui le dossier de Magenta comme une hypothèse historique
crédible sur le plan du contexte, mais non démontrée sur le plan documentaire.
L'avenir de cette affaire dépendra probablement de la découverte d'archives gouvernementales inédites, de l'accès aux éventuels originaux ou de la publication complète des expertises annoncées. Tant que ces éléments ne seront pas disponibles, le programme RS/33 restera l'un des dossiers les plus fascinants et les plus controversés de l'histoire des phénomènes aérospatiaux non identifiés.
Avec plaisir. Je pense qu'il s'agit effectivement du chapitre le plus important si l'on souhaite produire un ouvrage de référence sur l'affaire de Magenta. En appliquant la méthode de la critique historique (celle utilisée par les archivistes et les historiens), il est possible d'évaluer les documents indépendamment de toute croyance sur les OVNI.
Analyse historico-documentaire des
télégrammes du dossier RS/33
Nous reprenons le dossier et nous procédons à une analyse des télégrammes
sous un autre angle
Les documents de Magenta à l'épreuve de la critique historique
L'historien ne cherche pas à déterminer si un OVNI s'est réellement écrasé
près de Magenta en juin 1933. Son rôle consiste avant tout à répondre à une
autre question : les documents attribués au programme RS/33 sont-ils
authentiques ?
Pour répondre à cette interrogation, les archivistes appliquent une méthode
rigoureuse appelée critique diplomatique, développée dès le XVIIe siècle par le
bénédictin Jean Mabillon et toujours utilisée aujourd'hui pour
l'authentification des documents anciens. Cette méthode repose sur plusieurs
critères : l'origine du document, son support matériel, sa forme
administrative, son contenu, sa cohérence historique et sa chaîne de
conservation.
1. Le support matériel
Les copies actuellement diffusées montrent des télégrammes dactylographiés
sur un papier dont l'aspect paraît compatible avec les années 1930. Les marges,
la disposition du texte et les en-têtes correspondent globalement aux usages
administratifs de l'époque fasciste.
Cependant, aucune analyse indépendante du papier n'a été publiée à notre
connaissance. Une authentification complète nécessiterait des examens
physico-chimiques permettant d'identifier les fibres végétales, les agents de
blanchiment, les colles utilisées ainsi que le vieillissement naturel du
support. Ces analyses pourraient établir si le papier a réellement été fabriqué
au début des années 1930 ou s'il est d'une période plus récente.
En l'absence de ces expertises, il est impossible de conclure.
2. Les encres
Les reproductions disponibles ne permettent pas d'étudier la composition
chimique des encres utilisées pour les signatures, les annotations manuscrites
ou les cachets administratifs.
Aujourd'hui, des techniques comme la spectrométrie Raman ou la fluorescence
X permettent de dater approximativement certaines encres et d'identifier leur
composition. Aucune étude de ce type n'a été rendue publique concernant les
documents RS/33.
3. Les machines à écrire
Les télégrammes ont été réalisés à la machine à écrire. Or, chaque machine
laisse une véritable « empreinte mécanique » : certains caractères sont
légèrement décalés, usés ou présentent des défauts propres à un appareil donné.
Une expertise moderne pourrait déterminer :
- - Le fabricant de la machine ;
- - Son modèle ;
- - Parfois même son année de fabrication.
Une telle étude n'a jamais été publiée.
4. Les cachets administratifs
Les tampons visibles sur plusieurs documents paraissent cohérents avec ceux
employés par l'administration italienne durant le régime fasciste. Toutefois,
leur simple présence ne constitue pas une preuve d'authenticité. Les
spécialistes souhaiteraient notamment vérifier les dimensions exactes des
cachets, leur graphisme, la formulation officielle employée, la couleur des
encres ou encore la pression exercée lors de l'apposition.
Ces comparaisons devraient être effectuées avec des centaines de documents
conservés aux Archives centrales de l'État italien.
5. Les signatures
Plusieurs télégrammes comportent des signatures manuscrites. À ce jour,
aucune expertise graphologique indépendante n'a comparé ces signatures avec les
signatures authentiques des responsables administratifs italiens des années
1930. Une telle comparaison pourrait confirmer ou infirmer leur authenticité.
6. Le vocabulaire administratif
Il s'agit probablement du point le plus intéressant. Les télégrammes
utilisent un vocabulaire qui semble correspondre au langage administratif
fasciste. On y retrouve des expressions de confidentialité, des tournures
bureaucratiques et une terminologie compatible avec les circulaires
ministérielles de cette époque.
Cependant, plusieurs historiens italiens ont observé que certaines
formulations paraissent étonnamment modernes ou peu fréquentes dans les
archives officielles connues. Ces observations ne suffisent pas à démontrer une
falsification, mais elles justifient des recherches complémentaires.
7. La numérotation des documents
Les documents comportent différents numéros de référence. Dans toute
administration, la numérotation suit des règles précises. Une comparaison avec
les registres officiels du ministère italien de l'Intérieur permettrait de
vérifier si ces références correspondent réellement aux séries administratives
utilisées en 1933.
À ce jour, cette vérification n'a pas été publiée.
8. La chaîne de conservation
Pour les historiens, il s'agit probablement du critère le plus important.
En effet un document est considéré comme solide lorsqu'il est possible de
suivre son parcours depuis sa création jusqu'à son dépôt dans une archive. Dans
le cas des documents RS/33, cette chaîne est interrompue. Les documents
apparaissent soudainement dans les années 1990, sans que leur parcours depuis
1933 puisse être reconstitué.
Cette absence constitue aujourd'hui la principale faiblesse historique du
dossier.
9. La cohérence avec les archives italiennes
Les documents sont globalement compatibles avec le fonctionnement du régime
fasciste. Le gouvernement de Mussolini pratiquait effectivement la censure,
mais aussi les commissions secrètes et le contrôle policier. Ils mettaient en
place également des groupes de recherches militaires confidentielles.
En revanche, aucune archive officielle retrouvée jusqu'à présent ne
mentionne directement RS/33.
Il s'agit d'une absence importante, même si elle ne permet pas d'exclure
définitivement l'existence d'une structure clandestine.
10. Les archives américaines
Depuis les révélations de David Grusch, plusieurs chercheurs espèrent
découvrir des références au dossier Magenta dans les archives américaines. Nous
constatons qu’à ce jour ce n’est pas le cas dans aucune archive de la CIA, dans
aucune archive de l'US Air Force, dans aucun document de l'OSS ; ou de
l'Operation Paperclip. Dans ces deux dernières sources il n’est pas fait état explicitement
du transfert d'un appareil italien récupéré en 1933.
Il est toutefois possible que des documents demeurent encore classifiés ou
n'aient pas été identifiés.
Les progrès des sciences forensiques permettraient aujourd'hui d'apporter
des réponses beaucoup plus solides qu'au moment de la découverte des documents.
Une expertise internationale devrait comprendre une datation complète du papier,
une analyse chimique des encres, une identification de la machine à écrire, une
étude graphologique des signatures, une comparaison avec les télégrammes
officiels conservés aux Archives centrales de l'État italien, la reconstitution
de la chaîne de conservation ainsi qu’un
examen multispectral permettant de détecter d'éventuelles retouches ou
modifications invisibles à l'œil nu.
Une telle expertise pourrait considérablement renforcer la crédibilité du
dossier… ou, au contraire, révéler une fabrication plus récente.
Conclusion de cette analyse spécifique des télégrammes
À la lumière des méthodes modernes de la critique documentaire, les
télégrammes du dossier RS/33 ne peuvent aujourd'hui être considérés ni comme
des faux démontrés, ni comme des archives authentifiées.
Ils présentent plusieurs caractéristiques compatibles avec les pratiques
administratives de l'Italie fasciste, mais leur provenance demeure
incomplètement documentée et aucune expertise indépendante exhaustive n'a été
publiée.
Pour l'historien, ils doivent donc être classés parmi les documents
d'authenticité indéterminée. Leur intérêt est réel, car ils ouvrent une piste
de recherche originale sur les débuts de l'histoire des phénomènes aérospatiaux
non identifiés, mais ils ne constituent pas, en l'état actuel des
connaissances, une preuve suffisante de l'existence du programme RS/33 ou d'un
crash d'OVNI à Magenta en 1933.
Une piste de recherche inédite
En travaillant sur les archives italiennes et américaines depuis plusieurs
années, j'ai remarqué un point qui est très rarement abordé dans les
publications consacrées à Magenta.
Il serait particulièrement intéressant d'étudier le dossier non plus sous
l'angle ufologique, mais sous celui de l'histoire des services secrets
italiens. Entre 1927 et 1943, l'Italie fasciste disposait d'organismes comme
l'OVRA (la police politique) et le Servizio Informazioni Militare (SIM), qui
produisaient une abondante documentation sur les incidents touchant à la
sécurité nationale. Si un événement aussi exceptionnel qu'un crash d'aéronef
inconnu s'était réellement produit, il est plausible que des traces indirectes
existent dans les fonds de ces services : mouvements de personnels, ordres de
mission, dépenses exceptionnelles, restrictions de circulation ou échanges avec
les préfectures.
À ma connaissance, cette approche archivistique n'a jamais été menée de
manière systématique et pourrait constituer l'une des pistes de recherche les
plus prometteuses pour faire progresser le dossier Magenta.
Quelques sources. En fait
des dizaines d’articles reprennent les éléments de base du Dr Roberto Pinotti,
sans vraiment apporter d’éléments nouveaux qui apporteraient des preuves.
Sources primaires et
proches du dossier
- Roberto Pinotti & Alfredo Lissoni, Luci nel
Cielo – VNC, gli UFO del Ventennio (Mondadori, plusieurs éditions).
- Communiqués et publications du Centro Ufologico
Nazionale (CUN) sur les « Fascist UFO Files ». https://www.centroufologiconazionale.eu/rivelazioni-di-david-grusch-sui-file-fascisti-comunicato-stampa-cun/?utm
Sources documentaires
- Article de synthèse sur l'Incident de Magenta (historique de la diffusion des documents et principales critiques). https://it.wikipedia.org/wiki/Incidente_di_Magenta?utm
- https://www.coloradomufon.org/the-magenta-case-italys-1933-ufo-mystery/?utm_source=chatgpt.com
- https://www.luxaliena.it/dossier/ufo-di-mussolini/?utm_source=chatgpt.com
- https://www.the-residium.com/p/dr-roberto-pinotti-on-the-1933-magenta?utm_source=chatgpt.com
- https://www.ufopedia.it/Gabinetto_RS/33.html?utm_source=chatgpt.com
Dossier de synthèse sur les documents RS/33 et leur provenance.
- Déclarations publiques de David Grusch (2023), qui ont relancé l'intérêt pour l'affaire mais n'ont pas apporté de nouveaux documents matériels. https://www.centroufologiconazionale.eu/rivelazioni-di-david-grusch-sui-file-fascisti-comunicato-stampa-cun/?utm
Vidéo
- https://www.youtube.com/watch?v=XG4-zh0A5sY








