L’Allemagne connaît-elle actuellement une véritable « vague » d’OVNI ? La
question mérite d’être posée, tant l’activité des organismes allemands
spécialisés dans les phénomènes aériens inhabituels semble soutenue. Selon les
informations attribuées à Hansjürgen Köhler, directeur du CENAP — Centralen
Erforschungsnetz außergewöhnlicher Himmelsphänomene, le réseau reçoit
désormais entre trois et six nouveaux signalements par jour. Ce rythme
représenterait approximativement 90 à 180 témoignages par mois si celui-ci
se maintenait.
Le chiffre est loin d’être anecdotique. Il montre surtout que, malgré
plusieurs décennies de démystification et d’identification des phénomènes
célestes, le public allemand continue à observer dans le ciel des objets ou des
lumières qu’il ne parvient pas immédiatement à identifier.
14 000 cas : attention à l’interprétation
Une précision est cependant indispensable. Le chiffre de près de 14 000
signalements qui circule actuellement ne signifie pas que le CENAP aurait
reçu 14 000 observations au cours du seul mois d’août 2026. Une telle
interprétation serait incompatible avec le rythme quotidien annoncé de trois à
six nouveaux cas. Les données disponibles indiquent plutôt que le CENAP a
accumulé environ 14 000 signalements depuis le début de ses activités,
qui remontent à 1976. Une source récente consacrée au fonctionnement du réseau
évoque ainsi environ 13 621 rapports traités, dont seulement une petite
fraction demeurait alors sans explication définitive. Cette distinction est
essentielle : 14 000 dossiers historiques et 3 à 6 nouveaux cas quotidiens
ne décrivent pas le même phénomène statistique. Elle n'enlève cependant
rien à l'intérêt de l'information actuelle. Au contraire, elle permet de
comprendre que l'Allemagne dispose d'une base de données constituée sur près
d'un demi-siècle, susceptible de servir à comparer les périodes de forte et de
faible activité.
Fondé en 1976, le CENAP est devenu au fil des décennies l'une des
principales structures civiles allemandes consacrées à la collecte et à
l'analyse des observations d'OVNI. Son approche est traditionnellement beaucoup
plus prudente que celle de certains courants ufologiques. L'objectif n'est pas
de transformer chaque lumière étrange en « engin extraterrestre », mais de
déterminer ce que le témoin a réellement observé. Cette méthode conduit
naturellement à une proportion importante de phénomènes parfaitement
conventionnels : avions, satellites, fusées, ballons, drones, météores,
planètes brillantes ou effets lumineux. Le phénomène Starlink a notamment
créé de nombreuses méprises ces dernières années, tandis que les lancements
spatiaux et les rentrées atmosphériques peuvent produire des apparitions
particulièrement spectaculaires. Le CENAP utilise notamment les données
astronomiques, les informations relatives au trafic aérien et différents outils
permettant de confronter le témoignage à ce qui se trouvait effectivement dans
le ciel au moment de l'observation.
C'est ici que se situe toute la difficulté du débat car en effet un UAP -
PAN n’est pas un OVNI Extraterrestre !
Un PAN est, par définition, un phénomène qui n'a pas encore été
identifié. Il ne constitue donc pas automatiquement la preuve d'un objet
extraordinaire. La distinction entre signalement, cas non identifié
au moment du témoignage et phénomène réellement inexpliqué après enquête
est fondamentale.
L'expérience allemande l'illustre particulièrement bien. La GEP —
Gesellschaft zur Erforschung des UFO-Phänomens, autre importante
organisation allemande de recherche, dispose elle aussi d'une base de données
considérable. Sa base statistique publique permet de distinguer les cas
identifiés, les cas presque identifiés, les dossiers problématiques et les
observations demeurant ouvertes. Au mois de juillet 2026, la GEP indiquait
ainsi disposer de 6 600 signalements UFO/UAP, avec une proportion
d'environ 2,4 % de cas non expliqués dans sa propre base. Ces chiffres
ne sont pas directement comparables à ceux du CENAP, car les critères de
collecte, les périodes étudiées et les méthodes de classification peuvent
différer. Ils montrent néanmoins une réalité importante : l'immense majorité
des signalements ne débouche pas sur la découverte d'un objet véritablement
mystérieux.
Pourquoi les témoignages
augmentent-ils ?
La hausse actuelle peut avoir plusieurs explications, et il serait
prématuré de l'attribuer à une augmentation réelle du nombre de phénomènes
inhabituels dans le ciel allemand.
1. Première hypothèse : l'omniprésence des satellites.
Depuis plusieurs années, les constellations de satellites, notamment Starlink, ont profondément modifié l'apparence du ciel nocturne. Des alignements lumineux ou des groupes de points se déplaçant silencieusement peuvent paraître extrêmement inhabituels à un observateur non averti.
2. Deuxième facteur : la multiplication des drones.
Le ciel européen est désormais beaucoup plus fréquenté par des drones civils, professionnels et militaires. De nuit, leur identification à distance peut devenir extrêmement difficile.
3. Troisième facteur : les réseaux sociaux.
Une personne qui observe une lumière étrange peut aujourd'hui filmer immédiatement le phénomène et diffuser la vidéo à des milliers de personnes. Le témoin est également beaucoup plus susceptible de rechercher un organisme auquel transmettre son observation.
4. Quatrième élément : le contexte international.
Les débats américains autour des UAP, les auditions du Congrès, les publications de documents déclassifiés et l'activité de l'AARO ont considérablement contribué à normaliser le vocabulaire des « UAP ». Le phénomène n'est plus nécessairement présenté comme une curiosité ésotérique, mais comme un problème potentiel d'identification, de sécurité aérienne ou de renseignement.
Il existe donc un paradoxe.
Plus les autorités et les scientifiques expliquent que les UAP doivent être
étudiés rationnellement, plus le public semble disposé à signaler ses
observations. C'est plutôt une bonne nouvelle pour la recherche. Pendant
longtemps, un témoin hésitait à déclarer avoir vu quelque chose d'étrange par
peur du ridicule. La disparition progressive de cette stigmatisation permet
aujourd'hui d'obtenir davantage de données.
Mais davantage de signalements ne signifie pas nécessairement davantage
de phénomènes inexpliqués. C'est une différence fondamentale que les
statistiques doivent préserver.
Le véritable intérêt du
phénomène allemand
Le cas allemand est particulièrement intéressant parce qu'il permet
d'observer ce qui se produit lorsqu'un organisme accumule des milliers de
témoignages sur plusieurs décennies. Une base de données aussi importante peut
permettre de rechercher des tendances : saisonnalité des observations, heures
privilégiées, influence des événements astronomiques, corrélation avec les
lancements spatiaux, apparition de nouveaux types de drones, répartition
géographique ou encore évolution du nombre de témoignages en fonction de
l'actualité médiatique. La GEP dispose déjà d'outils statistiques permettant
notamment d'étudier la répartition temporelle et géographique des observations
et leurs différentes classifications.
L'enjeu scientifique n'est donc plus simplement de demander : « Combien
d'OVNI ont été observés ? »
Il faut désormais demander :
Combien ont été signalés ? Combien ont été identifiés ? Combien demeurent
réellement inexpliqués après enquête ? Et surtout, pourquoi ?
La situation allemande rappelle finalement celle observée dans plusieurs
autres pays européens. La France possède le GEIPAN, rattaché au CNES.
L'Allemagne dispose de plusieurs structures civiles comme le CENAP et la GEP.
La Norvège, la Suède et d'autres pays européens entretiennent également des
bases historiques d'observations. Une étude scientifique internationale publiée
en 2025 soulignait d'ailleurs que les phénomènes UAP ne constituent absolument
pas un phénomène exclusivement américain : des programmes et recherches
existent depuis longtemps en Europe et dans plusieurs autres régions du monde. L'intérêt
de l'Allemagne aujourd'hui réside donc moins dans l'idée spectaculaire d'une
prétendue « invasion d'OVNI » que dans la possibilité d'observer l'évolution
d'un phénomène de signalement à grande échelle.
Les chiffres actuellement attribués au CENAP sont suffisamment intéressants
pour justifier une surveillance statistique, mais ils ne permettent pas, à eux
seuls, de conclure à une augmentation des phénomènes aériens véritablement
inconnus. Le rythme de trois à six nouveaux cas par jour est
significatif pour une organisation spécialisée. Il représente une masse de
données qui mérite d'être documentée et comparée aux années précédentes. En
revanche, le chiffre de 14 000 cas doit être présenté correctement : il
s'agit d'un ordre de grandeur correspondant à l'activité historique du CENAP,
et non à une explosion de 14 000 observations au mois d'août 2026.
Cette nuance est essentielle pour éviter de transformer une information
intéressante en sensationnalisme.
Car l'enseignement principal de l'expérience allemande est peut-être
ailleurs : plus les signalements sont nombreux, plus la nécessité d'une
méthode rigoureuse devient importante.
Dans le domaine des OVNI, le véritable événement n'est pas nécessairement
de découvrir un objet extraordinaire. C'est parfois simplement de constater
que, malgré des milliers d'enquêtes, une petite partie des observations
résiste encore à l'identification. Et c'est précisément cette petite
fraction — plutôt que les milliers de méprises déjà expliquées — qui constitue
le véritable sujet scientifique des PAN.
Sources et références : CENAP ; GEP, Gesellschaft zur Erforschung des UFO-Phänomens ; statistiques
publiques de la GEP ; travaux scientifiques internationaux sur les UAP.
Analyse équipe réactionnelle du GEOS France










