LES DOSSIERS OVNI - UAP
45Press
Enquête sur une entreprise inconnue devenue un
prestataire stratégique de la Maison-Blanche
Marchés
publics, communication présidentielle et émergence d'un nouvel imaginaire
autour des UAP.
Avant-propos
Depuis plusieurs décennies, les phénomènes aériens non identifiés (UAP)
occupent une place singulière dans le débat public américain. Longtemps
relégués aux marges des institutions, ils font désormais l'objet de rapports
officiels, d'auditions parlementaires et d'une couverture médiatique soutenue.
Cette évolution a profondément modifié la manière dont le sujet est abordé :
les interrogations ne portent plus seulement sur les observations elles-mêmes,
mais aussi sur la façon dont les administrations communiquent, gèrent
l'information et organisent la transparence.
C'est dans ce contexte qu'apparaît le nom de 45Press, une société de
développement numérique basée à Canfield, dans l'Ohio. Jusque-là peu connue du
grand public, elle est retenue pour participer au développement de la nouvelle
application officielle de la Maison-Blanche. Rapidement, cette attribution attire
l'attention de plusieurs médias et nourrit des discussions en ligne, notamment
parce que certains y voient un lien avec les annonces de l'administration
concernant les UAP.
Cette étude ne part pas de l'idée qu'il existe nécessairement un lien entre
ces événements. Elle part d'une question plus simple : que montrent
réellement les documents publics ?
L'objectif est de reconstituer les faits, d'examiner les procédures,
d'analyser les sources et de comprendre pourquoi cette affaire a suscité autant
d'interprétations. Dans un domaine où les informations circulent souvent sans
contexte, il est essentiel de distinguer ce qui est établi de ce qui relève de
l'hypothèse ou de la spéculation.
Ce livre adopte une démarche documentaire. Les contrats fédéraux, les
communiqués officiels, les rapports institutionnels, les auditions
parlementaires et les enquêtes de presse constitueront la base de l'analyse.
Les récits diffusés sur les réseaux sociaux ou dans les communautés
spécialisées seront également étudiés, non pour les valider ou les écarter a
priori, mais pour comprendre leur origine, leur diffusion et leur influence sur
la perception du public.
Enfin, cette enquête s'inscrit dans une réflexion plus large sur les
transformations de la communication gouvernementale à l'ère numérique.
L'histoire de 45Press dépasse le cas d'une seule entreprise : elle interroge la
manière dont les institutions choisissent leurs partenaires technologiques,
construisent leurs outils de communication et répondent à une demande
croissante de transparence.
Introduction générale
Une entreprise presque invisible
Au début de l'année 2026, peu de personnes en dehors du monde du
développement web avaient entendu parler de 45Press. Implantée dans une petite
ville de l'Ohio, cette entreprise semblait évoluer loin des grands centres de
décision fédéraux et des géants de la technologie. Pourtant, en quelques
semaines, son nom apparaît dans les registres des marchés publics, dans la
presse spécialisée, puis sur les réseaux sociaux.
Pourquoi cette société a-t-elle été choisie ? Quelles compétences a-t-elle
mises en avant ? Comment s'est déroulée la procédure de sélection ? Et pourquoi
cette attribution a-t-elle été associée, parfois de manière hâtive, au débat
sur les UAP ?
Ces questions constituent le point de départ de notre enquête.
Les objectifs de cette étude
L'ambition de
cet article est triple :
- Documenter l'histoire de 45Press et le
contexte de son contrat avec la Maison-Blanche.
- Expliquer le fonctionnement des marchés
publics fédéraux et de la communication numérique de la présidence.
- Analyser la naissance et la diffusion
des récits qui ont rapproché cette entreprise du dossier des UAP.
Cette approche permettra au lecteur de comprendre non seulement les faits,
mais aussi les mécanismes par lesquels une information technique peut devenir
un objet de débat public.
Chaque chapitre s'appuiera en priorité sur des documents vérifiables :
contrats, communiqués, rapports gouvernementaux, auditions parlementaires et
archives publiques. Lorsque des interprétations ou des controverses seront
évoquées, elles seront clairement identifiées comme telles et confrontées aux
éléments disponibles.
Cette méthode vise à offrir une lecture nuancée, où la curiosité pour un
sujet sensible s'accompagne d'une exigence constante de rigueur.
Chapitre 1
45Press : une entreprise discrète au cœur de la
communication présidentielle
« Les grandes enquêtes commencent souvent par une
anomalie. Ici, elle prend la forme d'un nom presque inconnu : 45Press. »
Une entreprise que personne ne regardait
Pendant des années, 45Press a
évolué loin des projecteurs. Basée à Canfield, une petite commune du
nord-est de l'Ohio, l'entreprise appartenait à cette catégorie de sociétés
spécialisées qui travaillent dans l'ombre : elles conçoivent des sites web,
développent des applications, assurent la maintenance de plateformes numériques
et résolvent des problèmes techniques sans jamais attirer l'attention du grand
public.
Avant 2026, son nom apparaît rarement dans la presse nationale. Son
activité se concentre sur des prestations de développement numérique pour des
entreprises, des organismes publics et des institutions. À première vue, rien
ne distingue cette société de centaines d'autres PME américaines spécialisées
dans les technologies web.
Pourtant, au début de l'année 2026, son nom surgit dans un contexte
inattendu : celui d'un contrat fédéral lié à la présence numérique de la
Maison-Blanche. Ce passage d'un acteur régional à un prestataire travaillant
pour l'exécutif américain constitue le point de départ de notre enquête.
Pour comprendre l'histoire de 45Press, il faut d'abord s'intéresser à son
environnement.
L’entreprise est basée à Canfield, c’est est une petite ville située dans
le comté de Mahoning, à une centaine de kilomètres de la frontière avec la
Pennsylvanie. Elle appartient à une région marquée par la désindustrialisation
progressive de la « Rust Belt », où l'économie s'est peu à peu diversifiée vers
les services, les technologies et les activités de proximité.
Contrairement à l'image souvent associée aux entreprises du numérique,
45Press n'est pas née dans un incubateur de la Silicon Valley ni dans un
quartier d'affaires de Washington. Son implantation illustre une évolution
importante de l'économie numérique américaine : les compétences techniques ne
sont plus concentrées dans quelques métropoles. Grâce au haut débit, au
télétravail et aux outils collaboratifs, une équipe installée dans une ville
moyenne peut répondre à des appels d'offres nationaux et gérer des projets
complexes pour des clients répartis sur l'ensemble du territoire.
Cette décentralisation explique en partie pourquoi une société de taille
modeste a pu être en mesure de candidater à un marché fédéral d'envergure.
Une spécialisation dans les technologies ouvertes
L'activité de 45Press s'inscrit dans un domaine parfois sous-estimé : le
développement de plateformes numériques reposant sur des technologies dites «
ouvertes », en particulier l'écosystème WordPress.
Si WordPress est souvent associé aux blogs personnels, cette perception est
réductrice. Au fil des années, la plateforme est devenue un système de gestion
de contenu capable d'alimenter des sites institutionnels à fort trafic, à
condition d'être renforcée par une architecture adaptée, des mécanismes de
sécurité avancés et une infrastructure d'hébergement performante.
Dans ce contexte, des entreprises comme 45Press ne se contentent pas de
créer des sites internet. Elles interviennent sur des questions plus complexes
:
- Conception
d'architectures web évolutives ;
- Intégration
de systèmes de gestion de contenu ;
- Développement
d'applications mobiles reliées à ces plateformes ;
- Sécurisation
des échanges de données ;
- Maintenance
continue et déploiement de mises à jour.
Cette expertise, discrète mais essentielle, répond à des besoins croissants
des administrations publiques, qui cherchent à moderniser leurs outils
numériques tout en maîtrisant les coûts et en s'appuyant sur des technologies
largement éprouvées.
Contrairement aux grandes entreprises cotées en bourse, les informations
publiques concernant 45Press restent relativement limitées. Les données
disponibles montrent toutefois une progression régulière de son activité au fil
des années.
|
Le contrat principal avec la Maison-Blanche (WhiteHouse.gov) En février 2026, 45Press a remporté un
contrat fédéral majeur face à dix autres concurrents pour assurer la
maintenance, le développement et l'infrastructure technique des plateformes
numériques de l'administration.
|
Son développement semble avoir reposé sur une stratégie classique dans le
secteur des services numériques : construire une réputation technique,
fidéliser des clients institutionnels et répondre à des projets de plus en plus
ambitieux.
Cette trajectoire est caractéristique de nombreuses PME technologiques
américaines. Plutôt que de rechercher une forte visibilité médiatique, elles
misent sur la qualité de leurs réalisations, les recommandations de leurs
clients et leur capacité à résoudre des problèmes complexes.
Cette discrétion explique en partie pourquoi l'attribution d'un contrat lié
à la Maison-Blanche a surpris de nombreux observateurs. Pour une partie de la
presse, il s'agissait d'une entreprise presque inconnue. Pour les
professionnels du développement web, elle appartenait déjà à un réseau de
prestataires reconnus pour leurs compétences techniques.
Une première question
L'examen des premières données disponibles conduit à une interrogation
simple : comment une société de cette taille est-elle parvenue à accéder à un
marché aussi prestigieux ?
Deux hypothèses peuvent être avancées.
·
La première
est la plus évidente : 45Press disposait des compétences techniques attendues
et a présenté l'offre la plus convaincante dans le cadre de la procédure de
sélection.
·
La seconde,
plus souvent évoquée dans les discussions en ligne, suppose que d'autres
facteurs auraient pu intervenir.
À ce stade de notre enquête, aucune preuve ne permet de privilégier la
seconde hypothèse. Les chapitres suivants examineront donc en détail les
documents contractuels, les règles des marchés publics fédéraux et les éléments
disponibles afin de déterminer ce que les faits permettent réellement de
conclure.
C'est précisément cette démarche — partir d'une question plutôt que d'une
conclusion — qui guidera l'ensemble de cette étude.
Chapitre 2
À l'intérieur des marchés publics de la Maison-Blanche
Comment 45Press a obtenu un
contrat fédéral
« Dans l'imaginaire collectif, la Maison-Blanche
choisit ses prestataires parmi les plus grandes entreprises technologiques
américaines. La réalité est plus nuancée. Les règles de la commande publique
permettent également à des PME spécialisées d'accéder à certains marchés, à
condition de satisfaire à des critères précis de compétence, de sécurité et de
conformité. »
Le mythe du "contrat attribué discrètement"
L'annonce de la participation de 45Press au développement de la nouvelle
présence numérique de la Maison-Blanche a rapidement suscité des commentaires
sur les réseaux sociaux. Pour certains internautes, il paraissait étonnant
qu'une entreprise relativement peu connue puisse travailler pour la présidence
des États-Unis.
Cette réaction repose cependant sur une idée largement répandue, mais
inexacte : celle selon laquelle seuls les grands groupes du secteur de la
défense ou de l'informatique seraient en mesure de répondre aux besoins
numériques de l'exécutif américain.
En pratique, la commande publique fédérale est plus diversifiée. Si les
grands programmes militaires ou les infrastructures critiques sont fréquemment
confiés à de grandes entreprises, les projets numériques peuvent être attribués
à des sociétés de taille plus modeste lorsqu'elles démontrent une expertise
adaptée et répondent aux exigences administratives.
Comment fonctionne un marché fédéral ?
|
Fiche d'identité officielle du Contrat Fédéral (SAM.gov et bases de données
des contrats fédéraux), Le contrat a été enregistré et attribué au début de
l'année 2026 sous les identifiants techniques suivants :
|
Le gouvernement des États-Unis achète chaque année des biens et des
services pour des centaines de milliards de dollars. Ces achats sont encadrés
par le Federal Acquisition Regulation (FAR), un ensemble de règles qui
définit les principes de la commande publique fédérale : concurrence,
transparence, justification des choix et contrôle des dépenses.
Selon la nature du projet, plusieurs procédures peuvent être utilisées :
- Appel
d'offres ouvert ;
- Consultation
restreinte ;
- Contrat
négocié ;
- Recours à
des accords-cadres préexistants ;
- Commandes
passées par l'intermédiaire de véhicules contractuels spécialisés.
Dans tous les cas, les administrations doivent justifier le choix du
prestataire retenu selon des critères définis à l'avance : compétences
techniques, capacité financière, expérience, conformité réglementaire et coût.
Les besoins spécifiques de la
Maison-Blanche
Les exigences de la présidence américaine vont bien au-delà du simple
développement d'un site web.
Une plateforme officielle doit être capable :
- D’absorber
des pics de fréquentation lors d'événements majeurs ;
- De
résister à des tentatives de cyberattaque ;
- De
diffuser rapidement des contenus multimédias ;
- De
respecter des normes élevées d'accessibilité ;
- De
garantir la disponibilité continue des services.
À ces contraintes s'ajoutent des obligations liées à la sécurité des
données, à la protection des infrastructures et à la continuité des opérations.
Ainsi, un prestataire n'est pas seulement évalué sur la qualité de son
code, mais aussi sur sa capacité à travailler dans un environnement où la
fiabilité et la sécurité sont essentielles.
Le contrat de 45Press : ce que montrent les documents
Les informations publiques disponibles indiquent que 45Press a obtenu un
contrat portant sur le développement et le support de la présence numérique de
la Maison-Blanche. Les registres fédéraux permettent d'identifier la date
d'attribution, la nature générale des prestations et la valeur potentielle du
marché.
En revanche, tous les détails techniques du contrat ne sont pas rendus
publics. Comme c'est souvent le cas pour des projets gouvernementaux, certaines
spécifications restent limitées afin de ne pas exposer des informations
sensibles relatives à l'architecture ou à la sécurité.
Il est donc important de distinguer les éléments établis par les documents
accessibles au public des aspects qui demeurent confidentiels.
Pourquoi une PME peut-elle être retenue ?
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la sélection d'une entreprise de
taille modeste pour un projet national.
Le premier est la spécialisation. Une PME qui concentre son activité sur un
domaine très précis peut disposer d'une expertise plus pointue que des groupes
généralistes.
Le deuxième est l'agilité. Une structure réduite peut parfois adapter plus
rapidement ses équipes, ses méthodes et ses outils aux besoins d'un client.
Le troisième est économique. Les administrations cherchent également à
obtenir le meilleur rapport entre les performances attendues et le coût du
projet.
Enfin, la politique fédérale encourage, dans certaines situations, la
participation des petites et moyennes entreprises à la commande publique afin
de maintenir un tissu économique diversifié et de stimuler l'innovation.
Ces facteurs, pris ensemble, permettent de comprendre pourquoi la taille
d'une entreprise n'est pas, à elle seule, un indicateur déterminant.
Les interrogations soulevées après l'attribution
À la suite de l'annonce du contrat, plusieurs médias américains se sont
intéressés à 45Press et à son dirigeant. Des articles ont notamment examiné son
parcours professionnel, ses publications personnelles et certains aspects
techniques de l'application développée pour la Maison-Blanche.
Ces enquêtes ont alimenté le débat public. Elles montrent qu'un contrat de
cette nature attire inévitablement l'attention, en particulier lorsqu'il
concerne un prestataire jusque-là peu connu.
Toutefois, il convient de rappeler une distinction essentielle : le fait
qu'un marché public suscite des questions ne signifie pas qu'il existe des
irrégularités. Une enquête journalistique a précisément pour fonction
d'examiner les faits, de confronter les sources et d'évaluer les éléments
disponibles, sans conclure au-delà de ce que permettent les preuves.
Entre transparence et limites documentaires
L'étude des marchés publics fédéraux révèle une tension permanente. D'un
côté, les autorités américaines publient un grand nombre d'informations
destinées à garantir la transparence de l'action publique. De l'autre, certains
éléments restent volontairement confidentiels pour des raisons de sécurité
nationale ou de protection des infrastructures.
Cette situation crée un espace où coexistent des données vérifiables et des
zones d'incertitude. C'est souvent dans cet intervalle que naissent les
interprétations, parfois légitimes, parfois spéculatives.
Pour le chercheur comme pour le journaliste, la méthode consiste alors à
reconnaître explicitement ces limites : ce que les documents permettent
d'affirmer doit être distingué de ce qu'ils ne permettent pas d'établir.
Transition
vers le chapitre suivant
Comprendre comment 45Press a pu accéder à un
contrat fédéral constitue une première étape. La suivante consiste à examiner
le produit lui-même : l'application officielle de la Maison-Blanche.
Quelles étaient ses fonctionnalités ? Quels
objectifs poursuivait-elle ? Comment s'intégrait-elle dans la stratégie de
communication présidentielle ? Et pourquoi son lancement a-t-il été rapproché,
dans certains récits, de la politique de transparence sur les UAP ?
C'est à ces questions que sera consacré le
chapitre suivant.
Chapitre 3
L'application de la Maison-Blanche
Un nouvel outil de communication présidentielle
« Une application mobile n'est jamais un simple
logiciel. Elle reflète une vision de la communication, du rapport aux citoyens
et de la circulation de l'information. »
Le lancement du 27
mars 2026
Le 27 mars 2026, la Maison-Blanche annonce officiellement le lancement de
sa première application mobile destinée au grand public. La présentation est
soigneusement orchestrée : quelques jours auparavant, des publications
énigmatiques diffusées sur les réseaux sociaux officiels avaient alimenté les
spéculations. Certains internautes imaginaient une annonce diplomatique
majeure, d'autres un programme lié à l'intelligence artificielle ou à la
déclassification de documents sensibles.
La révélation est finalement plus sobre : il s'agit d'une application
mobile permettant de suivre directement l'activité de la présidence américaine.
Selon le communiqué officiel, l'objectif est de proposer des informations «
directement à la source », en temps réel, sans passer par les intermédiaires
traditionnels que constituent les médias ou les plateformes sociales.
Cette communication met en avant une idée simple : offrir aux citoyens un
accès immédiat aux annonces présidentielles, aux conférences de presse, aux
vidéos, aux photographies officielles et aux principales initiatives de
l'administration.
L'application ne doit pas être analysée comme un simple produit numérique.
Elle s'inscrit dans une stratégie de communication plus large visant à établir
une relation directe entre l'exécutif et le public.
Depuis une quinzaine d'années, les administrations américaines utilisent de
plus en plus les outils numériques pour diffuser leurs messages. Les réseaux
sociaux ont progressivement modifié les pratiques de communication
présidentielle. Avec cette application, une étape supplémentaire est franchie :
la Maison-Blanche dispose désormais de son propre canal de diffusion,
indépendant des plateformes commerciales.
Le discours officiel insiste sur plusieurs avantages :
- Diffusion
immédiate des annonces importantes ;
- Retransmission
en direct des événements officiels ;
- Accès
centralisé aux photographies, vidéos et communiqués ;
- Notifications
en temps réel ;
- Possibilité
pour les citoyens d'adresser un message à l'administration.
L'application est ainsi présentée comme un outil de proximité entre la
présidence et les citoyens.
Pièce n° 1 — Les fonctionnalités annoncées
- Alertes
sur les annonces présidentielles ;
- Diffusion
en direct des conférences de presse ;
- Bibliothèque
multimédia ;
- Suivi des
politiques publiques mises en avant par l'administration ;
- Formulaire
de contact permettant d'envoyer un message à la Maison-Blanche.
Ces fonctionnalités ne constituent pas une innovation technologique en
elles-mêmes. Leur intérêt réside davantage dans leur intégration au sein d'une
application unique, identifiée comme le canal officiel de la présidence.
Une interface pensée pour la diffusion continue
Les premières analyses de l'application montrent qu'elle repose sur une
logique de consultation permanente. L'utilisateur est invité à recevoir des
notifications, à suivre les événements en direct et à consulter régulièrement
les contenus mis à jour.
L'architecture privilégie la rapidité d'accès à l'information plutôt que
des fonctionnalités interactives complexes. À cet égard, l'application
ressemble davantage à une plateforme d'information institutionnelle qu'à un
réseau social.
Cette orientation correspond à une évolution plus générale de la
communication publique : les administrations cherchent à produire leurs propres
espaces de diffusion afin de limiter leur dépendance vis-à-vis d'acteurs
privés.
Pièce n° 2 — Ce que l'application n'est pas
L'un des enseignements les plus importants de cette enquête est négatif :
malgré les nombreuses affirmations relayées sur Internet, rien dans les
documents officiels ne présente cette application comme une plateforme
consacrée aux UAP ou aux OVNI.
Ni le communiqué de lancement, ni la page officielle de présentation, ni
les descriptions disponibles sur les boutiques d'applications ne mentionnent
une fonction spécifique liée aux phénomènes aériens non identifiés.
Cette distinction est essentielle. L'application a été lancée dans une
période où les questions relatives aux UAP occupaient une place importante dans
le débat public américain. Cette concomitance a favorisé des rapprochements qui
ne sont pas confirmés par les sources officielles.
Les premières critiques
Quelques jours après le lancement, des chercheurs en cybersécurité et
plusieurs médias spécialisés commencent à examiner le fonctionnement technique
de l'application.
Leurs analyses portent notamment sur :
- La
gestion des données ;
- Certains
composants logiciels utilisés ;
- Les
mécanismes de suivi technique (analytics) ;
- Les
dépendances vers des services tiers.
Ces travaux ne concluent pas tous aux mêmes résultats, mais ils soulignent
l'importance de la transparence lorsqu'une application est présentée comme un
canal officiel de communication gouvernementale.
Parallèlement, des spécialistes de la sécurité informatique recommandent de
distinguer les vulnérabilités potentielles identifiées lors des premières
versions de l'application des correctifs qui peuvent être apportés au fil des
mises à jour.
Une polémique amplifiée par les réseaux sociaux
L'application devient rapidement un objet de débat politique.
Pour ses partisans, elle constitue un moyen efficace de recevoir
directement les annonces présidentielles.
Pour ses détracteurs, elle représente un outil de communication
institutionnelle fortement orienté vers la valorisation de l'action de
l'exécutif. Certains critiques estiment que la sélection des contenus et des
sources d'information favorise un récit positif de l'administration.
Cette polarisation montre qu'une application officielle ne peut être
comprise uniquement comme un produit informatique : elle est aussi un objet
politique.
Pourquoi 45Press attire l'attention
C'est dans ce contexte que le nom de 45Press apparaît dans la presse
nationale.
La société, jusque-là peu connue du grand public, devient le développeur
associé à une application qui concentre désormais les débats sur la
communication présidentielle, la cybersécurité et, indirectement, les
spéculations relatives aux UAP.
Ce changement d'échelle médiatique est remarquable. En l'espace de quelques
semaines, une entreprise régionale se retrouve citée dans des articles de
grands médias technologiques et politiques. Certains s'intéressent à la qualité
technique de l'application, d'autres au profil de ses dirigeants ou au
processus d'attribution du marché.
Conclusion
L'étude de l'application officielle de la Maison-Blanche conduit à une
première conclusion importante.
Les documents publics montrent qu'elle a été conçue comme un outil général
de communication présidentielle. Les fonctionnalités annoncées concernent
l'information institutionnelle, les retransmissions en direct et les échanges
avec l'administration. Aucun élément officiel ne permet d'affirmer qu'il
s'agissait d'une application consacrée aux UAP.
En revanche, son lancement est intervenu dans un contexte politique où les
phénomènes aériens non identifiés faisaient l'objet d'une attention accrue.
Cette proximité chronologique a suffi à alimenter un récit plus large, dans
lequel l'application, son développeur et les débats sur les UAP se sont
progressivement trouvés associés.
Pour comprendre comment cette association s'est construite, il faut
désormais remonter plusieurs décennies en arrière et revenir sur l'évolution de
la politique américaine concernant les phénomènes aériens non identifiés.
C'est l'objet du chapitre suivant.
Chapitre 4
Les UAP : de « l'âge des soucoupes volantes » à
la reconnaissance institutionnelle
1947–1969 : les fondations
d'un dossier d'État
« Les phénomènes aériens non identifiés ne sont
pas nés avec Internet. Bien avant les réseaux sociaux et les vidéos virales,
ils étaient déjà un sujet de préoccupation pour les forces armées américaines,
les services de renseignement et les responsables politiques. Comprendre cette
histoire est indispensable pour analyser les débats contemporains. »
1947 : une année fondatrice
L'année 1947 marque un tournant dans l'histoire des phénomènes aériens non
identifiés aux États-Unis.
Le 24 juin, le pilote privé Kenneth Arnold rapporte avoir observé neuf
objets évoluant à grande vitesse près du Mount Rainier. Son témoignage,
largement relayé par la presse, popularise l'expression « soucoupes volantes »
(flying saucers), même si Arnold avait décrit le mouvement des objets
plutôt que leur forme.
Quelques semaines plus tard survient l'affaire de Roswell Army Air Field,
qui deviendra l'un des épisodes les plus célèbres de l'histoire des OVNI. Le
communiqué initial de l'armée évoquant la récupération d'un « disque volant »
est rapidement remplacé par une explication faisant état d'un ballon
météorologique. Des décennies plus tard, les autorités américaines attribueront
l'incident au programme secret Project Mogul, destiné à détecter
d'éventuels essais nucléaires soviétiques.
Ces deux événements installent durablement le sujet dans le débat public et
conduisent l'armée américaine à s'y intéresser de manière plus structurée.
Les premiers programmes d'enquête
À partir de 1948, l'armée de l'air met en place une série de programmes
destinés à collecter et à analyser les signalements d'objets aériens
inexpliqués.
Le premier, Project Sign, poursuit un double objectif : déterminer
si ces observations représentent une menace pour la sécurité nationale et
évaluer si certaines peuvent s'expliquer par des phénomènes connus.
Il est rapidement remplacé par Project Grudge, dont l'approche se
montre plus sceptique. Les enquêtes privilégient souvent des explications
conventionnelles, comme des erreurs d'identification, des phénomènes
météorologiques ou des observations astronomiques.
En 1952, ces travaux débouchent sur la création de Project Blue Book, qui
deviendra le programme officiel le plus connu consacré aux OVNI.
Pendant près de dix-sept ans, Blue Book recueille plus de 12 000
signalements. La majorité reçoit une explication jugée satisfaisante ; une
fraction demeure toutefois classée comme « non identifiée ».
Il est important de souligner que, dans le langage administratif de
l'époque, « non identifié » ne signifie pas « d'origine extraterrestre ». Cette
catégorie indique simplement qu'aucune explication n'a pu être établie à partir
des informations disponibles.
Les années 1950 : entre sécurité nationale et guerre
froide
Pour comprendre la prudence des autorités, il faut replacer ces enquêtes
dans leur contexte historique.
Les États-Unis sont alors engagés dans la guerre froide. Les progrès
rapides de l'aviation militaire, le développement des missiles et la crainte
d'une surprise stratégique conduisent les forces armées à examiner avec
attention tout phénomène aérien inhabituel.
Plusieurs observations d'OVNI concernent en réalité des essais d'aéronefs
expérimentaux, des ballons de recherche ou des programmes classifiés. À
l'inverse, certains responsables redoutent qu'un adversaire puisse exploiter la
vague d'observations pour saturer les systèmes de surveillance ou diffuser de
la désinformation.
Les dossiers UAP s'inscrivent donc, dès l'origine, dans une problématique
de sécurité nationale autant que dans une question scientifique.
Le rapport Condon et la fin de Blue Book
À la fin des années 1960, l'armée de l'air sollicite une évaluation
indépendante conduite par le physicien Edward Condon à l'University of Colorado
Boulder.
Publié en 1969, le rapport Condon conclut que l'étude des OVNI n'a
pas apporté de découvertes scientifiques majeures justifiant la poursuite d'un
programme spécifique. Cette conclusion contribue à la fermeture de Project Blue
Book la même année.
L'armée de l'air annonce alors qu'aucun élément examiné ne démontre que les
phénomènes observés constituent une menace directe pour la sécurité nationale
ou la preuve d'une technologie dépassant les connaissances scientifiques de
l'époque.
Cette décision marque la fin d'un programme officiel, mais non la fin de
l'intérêt des institutions américaines pour le sujet.
Ce que montre cette première période
Entre 1947 et 1969, plusieurs enseignements se dégagent.
D'abord, les autorités américaines ont consacré des ressources importantes
à l'étude des observations aériennes inhabituelles. Ensuite, les conclusions
officielles sont demeurées prudentes : si la plupart des cas ont reçu une
explication conventionnelle, certains sont restés inexpliqués faute de données
suffisantes.
Enfin, cette période montre que le phénomène a été abordé avant tout comme
une question de défense et de renseignement. La recherche d'hypothèses
extraordinaires n'était pas l'objectif premier ; il s'agissait de déterminer si
les observations révélaient une menace pour les États-Unis.
Cette approche institutionnelle constitue le socle sur lequel se
développeront, plusieurs décennies plus tard, les programmes contemporains
consacrés aux UAP.
Le retour des UAP dans l'agenda des institutions
américaines
De 2004 à 2024 : de l'incident opérationnel à la
politique publique
« Le changement majeur du XXIᵉ siècle n'est pas
l'apparition de nouveaux phénomènes. C'est la décision des institutions
américaines d'en parler publiquement, d'organiser leur étude et d'en rendre
compte au Congrès. »
Une nouvelle génération d'observations
Après la fermeture de Project Blue Book en 1969, beaucoup ont cru que le
gouvernement américain avait définitivement abandonné l'étude des phénomènes
aériens non identifiés.
Les documents publiés depuis montrent une réalité plus nuancée.
À partir des années 2000, plusieurs équipages militaires rapportent des
observations inhabituelles lors de missions d'entraînement, notamment au large
des côtes américaines. Ces incidents présentent une caractéristique nouvelle :
ils sont documentés non seulement par des témoignages de pilotes, mais
également par des capteurs embarqués, des radars et des systèmes infrarouges.
Photo 03 :
AATIP
L'année 2017 constitue un moment charnière.
La révélation de l'existence d'un ancien programme du Département de la
Défense consacré à l'étude de certains phénomènes aériens, connu sous le nom d'Advanced
Aerospace Threat Identification Program (AATIP), attire une attention
considérable. Dans le même temps, des vidéos enregistrées par des pilotes de
l'US Navy sont rendues publiques et largement commentées.
Pour la première fois depuis plusieurs décennies, le sujet des UAP quitte
les marges du débat public pour devenir un objet de discussion politique,
militaire et scientifique.
Il est important de noter que la publication de ces vidéos ne constitue
pas, en elle-même, une preuve d'une origine extraordinaire des phénomènes
observés. Elle montre surtout que certaines observations effectuées par des
militaires n'ont pas reçu d'explication immédiate au moment où elles ont été
enregistrées.
La création de la UAP Task Force
Face à l'augmentation des signalements et à l'intérêt croissant du Congrès,
le Département de la Défense met en place en 2020 la Unidentified Aerial
Phenomena Task Force (UAPTF).
Sa mission est clairement définie :
- Centraliser
les signalements provenant des forces armées ;
- Améliorer
les procédures de collecte des données ;
- Déterminer
si certains phénomènes représentent un risque pour la sécurité nationale ;
- Fournir
une évaluation régulière aux autorités civiles et militaires.
Ce changement est important. Les UAP ne sont plus abordés uniquement comme
une curiosité historique ; ils deviennent un sujet de gestion des risques, au
même titre que les drones non identifiés, les intrusions dans des espaces
aériens sensibles ou les nouvelles capacités technologiques d'États étrangers.
Le rapport préliminaire de 2021
Le 25 juin 2021, le Office of the Director of National Intelligence publie
une première évaluation publique consacrée aux UAP.
Ce document marque une rupture avec les décennies précédentes.
Il indique notamment que :
Les données disponibles sont souvent insuffisantes pour tirer des conclusions
définitives ;
Plusieurs catégories d'explications sont envisageables (phénomènes naturels, objets
aériens conventionnels, erreurs de mesure, systèmes étrangers ou autres causes)
;
Certains événements restent inexpliqués faute d'informations suffisantes ;
Les UAP peuvent représenter un enjeu de sécurité aérienne et de renseignement.
Le rapport ne conclut pas à l'existence d'une technologie non humaine. Il
souligne avant tout la nécessité d'améliorer la collecte et l'analyse des
données.
Cette nuance est fondamentale : un phénomène non identifié n'est pas
synonyme d'un phénomène inexplicable.
De la UAPTF à l'AARO
Les évolutions institutionnelles s'accélèrent ensuite.
En novembre 2021, la UAP Task Force est remplacée par l'Airborne Object
Identification and Management Synchronization Group (AOIMSG), chargé de
mieux coordonner les différentes composantes du Département de la Défense.
Quelques mois plus tard, en juillet 2022, cette structure est à son tour
remplacée par l'All-domain Anomaly Resolution Office (AARO). Son champ d'action
est élargi : il ne concerne plus uniquement les phénomènes observés dans
l'espace aérien, mais également ceux signalés dans les domaines maritime,
spatial, terrestre et sous-marin.
Cette évolution traduit un changement de philosophie. Les autorités
américaines privilégient désormais une approche globale des « phénomènes
anormaux », indépendamment de leur environnement d'observation.
Le rôle du Congrès
Parallèlement, le Congrès renforce son contrôle sur la question.
Des auditions publiques sont organisées afin d'entendre des responsables
militaires, des représentants du renseignement et, plus tard, plusieurs anciens
membres des forces armées ayant affirmé disposer d'informations sur des
programmes classifiés.
Ces auditions ne débouchent pas sur un consensus. Elles révèlent cependant
une évolution institutionnelle importante : les élus considèrent désormais que
les UAP relèvent d'un sujet légitime de surveillance parlementaire.
Le débat ne porte plus seulement sur la nature des phénomènes observés,
mais également sur la qualité des procédures de signalement, la circulation de
l'information entre agences et la transparence vis-à-vis des représentants
élus.
L'entrée de la NASA dans le débat
En parallèle des travaux du Département de la Défense, la NASA crée en 2022
un groupe d'étude indépendant consacré aux UAP.
Sa mission est différente de celle de l'AARO.
La NASA ne cherche pas à conduire des enquêtes de contre-ingérence ou de
sécurité nationale. Elle s'intéresse principalement aux méthodes scientifiques
permettant d'améliorer la qualité des observations et des données disponibles.
Le rapport publié en 2023 insiste sur un point essentiel : l'étude des UAP
nécessite des données de meilleure qualité, des protocoles standardisés et une
approche scientifique rigoureuse. Il ne conclut pas à une origine
extraterrestre des phénomènes étudiés.
Un changement de vocabulaire révélateur
L'un des changements les plus significatifs concerne le langage utilisé par
les institutions.
Le terme « OVNI » (UFO) est progressivement remplacé par « UAP » (Unidentified
Aerial Phenomena), puis par « Unidentified Anomalous Phenomena ».
Cette évolution n'est pas uniquement sémantique.
Elle traduit une volonté d'élargir le champ d'analyse et d'éviter les
connotations culturelles associées au terme « OVNI ». Le nouveau vocabulaire
permet d'inclure des phénomènes observés dans différents milieux et de
privilégier une approche descriptive plutôt qu'interprétative.
Une histoire de méthode plus que de révélations
L'évolution des politiques publiques entre 2017 et 2024 montre que la
principale transformation ne réside pas dans la découverte d'une preuve
décisive, mais dans la mise en place d'une méthode institutionnelle.
·
Collecter
davantage de données.
·
Normaliser les
procédures.
·
Croiser les
informations issues de différents capteurs.
·
Partager les
résultats avec le Congrès.
·
Publier des
rapports périodiques.
Autrement dit, les autorités américaines cherchent à construire une
capacité permanente d'analyse plutôt qu'à annoncer des conclusions
spectaculaires.
Cette distinction est essentielle pour comprendre les débats qui émergeront
ensuite autour de la communication présidentielle et, indirectement, autour de
45Press.
Note d'auteur
À partir du chapitre 5, nous
arrivons au cœur de votre enquête : pourquoi le nom de 45Press est-il devenu
associé aux UAP ? Nous y analyserons, documents et chronologie à l'appui,
la naissance de cette association dans les médias et sur les réseaux sociaux,
en séparant soigneusement les faits établis des interprétations. C'est
probablement le chapitre qui donnera toute sa valeur à l'ouvrage.
Chapitre 5
Quand le nom de 45Press entre dans le débat sur les
UAP
Une enquête sur la naissance
d'un récit
« Les grandes controverses contemporaines ne
naissent pas toujours d'un fait spectaculaire. Elles émergent souvent de la
rencontre entre plusieurs informations exactes, rapprochées jusqu'à produire un
récit qui semble cohérent, même lorsqu'aucun lien direct n'est établi. »
Une entreprise propulsée sous les projecteurs
05 photo – Joël Kendall – présentation
Au moment où 45Press décroche un contrat lié à la présence numérique de la
Maison-Blanche, l'entreprise demeure largement inconnue du grand public. Son
activité s'inscrit dans un secteur technique, celui du développement web, où
les prestataires travaillent le plus souvent dans l'ombre de leurs clients.
La situation change rapidement lorsque plusieurs médias spécialisés
commencent à s'intéresser au contrat et à ses acteurs. Ce qui n'était, à
l'origine, qu'un marché public devient progressivement un sujet de débat, non
seulement sur les aspects techniques du projet, mais aussi sur l'identité de
ceux qui l'ont réalisé.
Cette évolution illustre un phénomène désormais fréquent : à l'ère
numérique, la visibilité d'une entreprise peut changer en quelques jours
lorsque son nom est associé à une institution de premier plan.
Une chronologie qui interpelle
Pour comprendre l'origine des spéculations, il est utile d'examiner les
faits dans leur ordre chronologique.
- Une
entreprise spécialisée dans le développement web obtient un contrat
fédéral.
- La
Maison-Blanche lance une nouvelle application destinée à renforcer sa
communication directe avec les citoyens.
- Dans le
même contexte politique, les UAP continuent de faire l'objet de rapports
officiels, d'auditions parlementaires et d'une forte couverture
médiatique.
- Des
journalistes examinent le parcours public du dirigeant de 45Press.
- Les
réseaux sociaux rapprochent ces différents éléments et proposent des
interprétations allant bien au-delà de ce que démontrent les documents
disponibles.
Pris isolément, chacun de ces faits est documenté. C'est leur mise en
relation qui ouvre la voie à des lectures concurrentes.
Le rôle des médias
Lorsque des journalistes enquêtent sur 45Press, ils ne cherchent pas à
démontrer un lien avec les UAP. Leur démarche consiste d'abord à comprendre
comment une entreprise relativement discrète a obtenu un contrat aussi visible
et à examiner son parcours. Au cours de ces recherches, certains articles
évoquent des contenus publiés auparavant par des responsables ou des membres de
l'entreprise sur des sujets variés, dont les OVNI et d'autres thèmes atypiques.
Ces éléments sont réels dans la mesure où ils relèvent d'activités
publiques ou de prises de parole personnelles. En revanche, aucun document
public ne montre que ces intérêts aient joué un rôle dans l'attribution du
contrat.
Cette distinction est essentielle : une enquête journalistique peut révéler
des faits biographiques sans que ceux-ci constituent une preuve d'une influence
sur une décision administrative.
Les réseaux sociaux et la construction d'un récit
Les plateformes numériques favorisent souvent une logique de rapprochement.
Lorsqu'un contrat gouvernemental, une actualité sur les UAP et le profil
personnel d'un dirigeant apparaissent dans un même espace de discussion,
certains utilisateurs sont tentés d'y voir une cohérence cachée. Ce mécanisme
est bien connu des chercheurs en sciences de l'information. Le cerveau humain
cherche spontanément des relations entre des événements proches dans le temps,
même lorsque ces relations ne sont pas démontrées.
Dans le cas de 45Press, plusieurs récits émergent :
- L’entreprise
aurait été choisie en raison d'intérêts particuliers de ses dirigeants ;
- L’application
aurait été conçue pour préparer une communication sur les UAP ;
- Le
contrat révélerait une stratégie plus large de contrôle de l'information.
À ce jour, ces hypothèses ne sont corroborées par aucun document officiel
rendu public.
Ce que disent les documents
05 Le circuit
complexe des rapports publics
Les contrats publics accessibles, les communiqués officiels et les
descriptions de l'application permettent d'établir plusieurs points.
L'application est présentée comme un outil général de communication de la
présidence.
Le contrat concerne des prestations numériques liées à cette présence en
ligne.
Les rapports publics sur les UAP sont élaborés dans d'autres cadres
institutionnels, impliquant principalement le Département de la Défense, la
communauté du renseignement et les commissions compétentes du Congrès.
Autrement dit, les sources disponibles décrivent deux dossiers distincts,
même si leur proximité chronologique a favorisé leur association dans le débat
public.
La différence entre corrélation et causalité
L'un des enseignements majeurs de cette enquête concerne la distinction
entre deux notions souvent confondues.
Une corrélation signifie que
deux événements se produisent dans un contexte similaire ou à une période
proche.
Une causalité suppose qu'il
existe un lien démontré montrant que l'un est à l'origine de l'autre.
Dans le cas étudié, la corrélation est manifeste : le contrat de 45Press et
l'intensification des discussions officielles sur les UAP interviennent dans
une même période.
En revanche, la causalité n'est pas établie par les documents publics
actuellement disponibles. Cette nuance, souvent absente des discussions en
ligne, constitue pourtant le cœur de toute démarche d'investigation.
Pourquoi cette affaire demeure intéressante
Constater l'absence de preuve d'un lien direct ne signifie pas que le sujet
est dépourvu d'intérêt.
Au contraire, cette affaire révèle plusieurs évolutions importantes :
- La
transformation de la communication présidentielle à l'ère des applications
mobiles ;
- La place
croissante des PME technologiques dans les marchés publics fédéraux ;
- Le regain
d'intérêt institutionnel pour les UAP ;
- La
vitesse avec laquelle les réseaux sociaux peuvent construire un récit
reliant des événements distincts.
Ces phénomènes, pris ensemble, expliquent pourquoi le nom de 45Press a
acquis une visibilité inattendue.
Conclusion
L'histoire de 45Press n'est pas seulement celle d'un contrat public. Elle
est aussi celle d'un récit contemporain, né de la rencontre entre une actualité
politique, un sujet scientifique controversé et les mécanismes de diffusion
propres aux plateformes numériques.
Pour l'enquêteur, cette histoire rappelle une règle simple : les
coïncidences méritent d'être examinées, mais elles ne constituent pas, à elles
seules, des preuves.
C'est en confrontant systématiquement les récits aux documents que l'on
peut distinguer ce qui relève de l'information, de l'interprétation ou de la
spéculation.
Chapitre 6
Les documents parlent
Comment
construire une enquête à partir des sources publiques
« Une enquête sérieuse ne consiste pas à
accumuler des informations, mais à établir leur origine, leur contexte et leur
degré de fiabilité. »
Pourquoi revenir aux documents ?
Dans un dossier où se croisent marchés publics, communication
présidentielle et UAP, les récits circulent souvent plus vite que les preuves.
Les réseaux sociaux, les vidéos et les articles d'opinion peuvent donner
l'impression qu'un faisceau d'indices suffit à établir une conclusion.
La démarche retenue dans cette étude est différente. Elle consiste à
revenir systématiquement aux documents qui ont une valeur probante : contrats
publics, communiqués officiels, rapports gouvernementaux, auditions
parlementaires et registres administratifs.
Cette méthode ne garantit pas que toutes les questions trouveront une
réponse. En revanche, elle permet de savoir ce qui est établi, ce qui reste
incertain et ce qui relève d'une interprétation.
Les catégories de sources
L'enquête
repose sur plusieurs familles de documents.
Les contrats publics
Les marchés publics fédéraux fournissent des informations sur la nature
générale des prestations, les dates d'attribution, les parties contractantes
et, dans certains cas, les montants engagés.
Ils permettent de reconstituer le cadre administratif d'un projet, mais ils
ne donnent pas nécessairement accès aux spécifications techniques détaillées,
qui peuvent rester confidentielles pour des raisons de sécurité.
Les communiqués institutionnels
Les administrations publient régulièrement des annonces destinées à
présenter leurs initiatives. Ces textes décrivent les objectifs affichés d'un
projet et la manière dont les autorités souhaitent le présenter au public.
Ils constituent une source précieuse, mais doivent être lus comme des
documents de communication. Leur rôle est d'informer, mais aussi de valoriser
l'action de l'institution.
Les rapports officiels
|
La publication officielle obligatoire (SAM.gov /
HigherGov) L'existence et les détails du contrat sont traçables
directement à travers les obligations de transparence des marchés publics
américains (System for Award Management - SAM.gov). C'est par
ce biais que les plateformes d'analyse de données d'État (comme HigherGov
ou OrangeSlices AI) répertorient la fiche technique officielle de la
commande :
« Le contractant est responsable du soutien, de la
maintenance, du développement et de l'amélioration de wh.gov ainsi que
de tous les sites autonomes associés, sous-sites et microsites nécessitant un
accès 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les tâches comprennent la surveillance
des progrès techniques, la résolution des problèmes techniques, l'inspection
des livrables et l'assurance de la conformité. » C’est cette mention explicite des sites autonomes
associés et microsites de l'exécutif qui couvre juridiquement et
techniquement le développement des portails de diffusion de données ordonnés
par la présidence, à l'image du programme PURSUE (hébergé sous
l'architecture du Département de la Guerre pour des raisons évidentes de gestion des serveurs militaires). |
Les rapports du Département de la Défense, de la communauté du
renseignement ou d'autres organismes publics ont une fonction différente. Ils
synthétisent des travaux d'analyse et répondent souvent à une demande du
Congrès ou à une obligation légale.
Ces documents sont généralement plus détaillés sur les méthodes employées
et les limites des conclusions.
Les auditions parlementaires
Les commissions du Congrès offrent un éclairage complémentaire. Les
déclarations des témoins, les questions des élus et les échanges entre
responsables permettent de comprendre les préoccupations institutionnelles du
moment.
Toutefois, une audition ne constitue pas à elle seule une preuve. Les
témoignages doivent être confrontés aux autres éléments du dossier.
Ce que les documents ne disent pas
Une enquête documentaire est également définie
par ses silences. Il arrive que certains aspects d'un contrat ne soient pas
publics. Il est fréquent que des informations techniques soient volontairement
omises afin de protéger des infrastructures sensibles. De même, certaines
décisions administratives ne sont expliquées qu'en partie dans les documents
accessibles.
Ces absences ne doivent pas être interprétées
automatiquement comme la preuve d'une dissimulation. Elles peuvent résulter
d'obligations légales, de considérations de sécurité ou de simples limites de
publication.
Reconnaître ce que les documents ne permettent
pas d'établir est une composante essentielle de la méthode.
L'importance de la chronologie
L'un des outils les plus efficaces de l'enquête est la chronologie.
En replaçant chaque document dans son contexte, il devient possible de
distinguer une succession d'événements d'une relation de cause à effet.
Cette précaution est particulièrement importante dans l'affaire étudiée.
Plusieurs annonces importantes sont intervenues dans une période rapprochée :
évolution des politiques publiques sur les UAP, développement d'outils
numériques, attribution de marchés publics et débats médiatiques.
Le simple fait que ces événements soient contemporains ne suffit pas à
démontrer qu'ils sont liés.
La confrontation des sources
Aucune source ne doit être considérée isolément. Un contrat peut être
complété par un communiqué. Un communiqué peut être éclairé par une audition
parlementaire. Un rapport peut être confronté aux déclarations d'un responsable
administratif ou aux analyses d'un spécialiste indépendant.
Cette confrontation permet d'éviter deux écueils :
- Accorder
une confiance excessive à une seule source ;
- Construire
une interprétation à partir d'un document sorti de son contexte.
La solidité d'une enquête dépend moins du nombre de documents consultés que
de la manière dont ils sont mis en relation.
Une méthode plus qu'une conclusion
Au terme de cette étude, le lecteur pourra être tenté de rechercher une
réponse simple à une question complexe.
Or, la principale leçon de cette enquête est peut-être ailleurs.
Elle montre qu'une méthode rigoureuse conduit parfois à reconnaître
l'existence d'incertitudes plutôt qu'à combler les vides par des hypothèses.
Dans le domaine des UAP comme dans celui des marchés publics, cette
prudence n'est pas une faiblesse. Elle constitue au contraire la condition
d'une analyse crédible.
Conclusion du chapitre
Les documents ne parlent jamais seuls. Ils doivent être replacés dans leur
contexte, comparés, datés et interprétés avec précaution. Cette exigence
explique pourquoi certaines affirmations largement diffusées dans le débat
public ne résistent pas à l'examen des sources, tandis que d'autres, plus
discrètes, prennent une importance nouvelle lorsqu'elles sont replacées dans un
ensemble cohérent.
L'enquête se poursuit donc non par la recherche d'une révélation unique,
mais par l'accumulation patiente d'indices vérifiables. C'est cette méthode,
davantage qu'une conclusion spectaculaire, qui donne sa valeur à
l'investigation.
Quelques sources :
New White House App Delivers Unparalleled Access to the Trump
Administration – The White House
White
House Mobile App – The White House
Security Analysis of the Official White House iOS App |
atomic.computer
Federal Workers Can’t Get the White House’s App Off Their
Phones | WIRED
What Is the New White House App? We Tested It To Find Out |
WhistleOut
President Donald J. Trump Announces the Official White House
App – The White House
White House Reveals New App After Cryptic Posts: Full List of
Features - Newsweek
What Is the New White House App? We Tested It To Find Out |
WhistleOut
The White House has an Android app now - Android Authority
La Casa Blanca lanza una app de noticias del presidente Trump
White
House Mobile App – The White House
JUST LAUNCHED • MARCH 2026 THE WHITE HOUSE. Right in your
pocket. Official mobile app from the
UAP Task Force — the AARO predecessor, on the record ·
Disclosure Archives
AARO Historical Record Report Volume 1
AARO Historical Record Report Volume 1
UAP Disclosure Timeline (2017–Present) | Disclosure Monitor
AARO UAP Case Resolution Reports
ICER ASSOCIATION - Key Developments 2017
UAP Explorer — Investigating the Unexplained
AARO's UAP Case Resolution Reports: All Resolved Cases | UAP
Records Archive
How the modern UAP record was actually built · Disclosure
Archives
Recherches GEOS France







