USS KEARSARGE : les mystérieuses « boules de lumière » qui auraient suivi un navire de guerre américain en 2021
À l’automne 2021, alors que la question des phénomènes aériens non
identifiés — UAP, pour Unidentified Anomalous Phenomena — commençait à
prendre une place nouvelle dans les débats américains sur la sécurité
nationale, un événement singulier aurait impliqué l’USS Kearsarge, un
bâtiment d’assaut amphibie de la marine américaine.
Une observation d’UAP méconnue, mais particulièrement
intéressante
L’affaire est demeurée relativement discrète jusqu’au printemps 2022,
lorsqu’elle fut révélée par le chercheur et documentariste américain Dave
Beaty. Elle présente une particularité qui la distingue de nombreux témoignages
ufologiques : les témoins supposés n’étaient pas de simples observateurs
civils, mais des militaires américains engagés dans une mission d’entraînement
et disposant d’un système spécifiquement conçu pour détecter et neutraliser les
drones.
Deux objets lumineux, décrits comme étant approximativement « de la taille
d’une voiture », auraient accompagné le navire à faible altitude, pendant
plusieurs nuits. Les Marines chargés de la défense antiaérienne auraient tenté
de les détecter avec leurs moyens électro-optiques et infrarouges, puis de les
neutraliser à l’aide du système anti-drones LMADIS. Selon le récit transmis à
Beaty, ces tentatives auraient échoué.
L’affaire est d’autant plus intrigante qu’un document obtenu ultérieurement
au titre du Freedom of Information Act (FOIA) a confirmé qu’une
présentation consacrée à l’incident existait bien au sein du Marine Corps —
même si cette présentation a été très lourdement censurée.
Il faut toutefois immédiatement établir une distinction essentielle : nous
ne disposons pas, à ce jour, d’un dossier public complet permettant de
reconstituer scientifiquement l’événement. Une partie substantielle des
informations provient d'un témoignage de seconde main rapporté par Dave Beaty.
Le document FOIA apporte une confirmation documentaire de l’existence d’un
dossier, mais pas une validation publique de l’interprétation « extraterrestre
» ou même de toutes les caractéristiques rapportées.
C’est précisément ce qui rend cette affaire intéressante.
L’USS Kearsarge (LHD-3) est un bâtiment d’assaut amphibie de la
classe Wasp. Long d’environ 257 mètres et conçu pour mettre en œuvre des
hélicoptères, des avions à décollage court ou vertical et des moyens amphibies,
il constitue l’un des éléments majeurs de la capacité de projection des Marines
américains. La Marine décrit le Kearsarge comme un bâtiment destiné
notamment aux opérations amphibies et aux opérations interarmées. Son vaste
pont d’envol constitue également une plateforme particulièrement adaptée à
l’emploi de moyens de surveillance et de défense aérienne.
À l’automne 2021, le bâtiment participait à une période d’entraînement dans
l’Atlantique, au large de la côte Est des États-Unis. Dave Beaty situe
précisément la période concernée entre le 18 et le 26 octobre 2021, dans
le cadre des entraînements du PHIBRON et des unités d’intégration du Marine
Corps. Il indique également que le Kearsarge était associé aux
préparatifs opérationnels de la 22nd Marine Expeditionary Unit.
Ce contexte est important.
Nous ne sommes pas devant un navire marchand naviguant de nuit avec
quelques membres d’équipage sur le pont. Il s’agit d’un bâtiment militaire
majeur, engagé dans des exercices où la surveillance de l’espace aérien et la
lutte contre les drones font précisément partie des scénarios envisagés. La
possibilité de détecter des objets inconnus faisait donc partie, indirectement,
des préoccupations opérationnelles du moment.
2. Le système LMADIS : un élément essentiel de
l’affaire
L’un des aspects les plus intéressants du dossier est la présence à bord du
Kearsarge d’un système de défense anti-drones : le Light Marine Air
Defense Integrated System, ou LMADIS. Le LMADIS n'est pas un simple
dispositif d'observation. Il a été conçu pour détecter, identifier, suivre et
combattre des systèmes aériens sans équipage — les fameux UAS ou drones. Le
système associe notamment des moyens radar, des capteurs électro-optiques et un
système de guerre électronique permettant d'agir contre une menace. Des
descriptions techniques du système mentionnent notamment le radar RADA RPS-42
et un système de guerre électronique de Sierra Nevada. Le Marine Corps avait
déjà expérimenté l'utilisation du LMADIS à bord de l'USS Kearsarge. En
janvier 2019, lors du passage du navire dans le canal de Suez, les Marines
avaient installé le système sur le pont précisément pour assurer une capacité
de défense contre les drones. Cette précision est capitale pour comprendre
l'incident de 2021. Les Marines présents sur le pont du Kearsarge
n'étaient donc pas simplement équipés de jumelles. Ils disposaient d'un
véritable système de contre-UAS.
Selon le récit recueilli par Dave Beaty auprès d'un ancien officier du
Marine Corps identifié sous le pseudonyme « Mark », les Marines opérant le
LMADIS auraient aperçu deux objets lumineux.
La scène se serait déroulée de nuit.
Les objets auraient été situés à environ :
- 0,5 mile
nautique ou terrestre derrière le navire, soit approximativement 800 mètres ;
- 200 pieds
d'altitude, soit
environ 60 mètres ;
- Et
auraient été approximativement de la taille d'une automobile.
Ces indications doivent cependant être considérées avec prudence, car elles
ne proviennent pas d'un rapport opérationnel intégralement accessible au
public, mais d'une chaîne de témoignage rapportée par Beaty. Selon cette
source, les objets semblaient suivre le navire. Ils ne se seraient donc pas
contentés d'apparaître brièvement dans le ciel. Ils auraient maintenu une
relation spatiale avec le bâtiment. C'est cette caractéristique qui constitue
l'un des éléments les plus remarquables du récit.
Les deux lumières auraient effectué ce que les militaires décrivent comme
des « shackle turns ». Cette expression désigne une manœuvre de
va-et-vient permettant notamment de maintenir une position relative par rapport
à une unité en mouvement. Dans le récit transmis à Dave Beaty, les deux objets
auraient ainsi évolué de part et d'autre de l'axe du navire, en se croisant. Autrement
dit, le comportement décrit n'était pas celui de deux lumières fixes observées
très loin dans le ciel.
Il s'agissait d'objets apparemment capables de conserver une position
relative par rapport à un navire en mouvement tout en effectuant des
déplacements latéraux. Le récit de Beaty précise que l'un des objets se
déplaçait vers la droite tandis que l'autre se déplaçait vers la gauche, avant
que leurs trajectoires ne se croisent. Si cette description était confirmée par
les données originales, elle serait évidemment beaucoup plus intéressante
qu'une simple observation lumineuse. Mais il faut être extrêmement prudent : nous
ne possédons pas les données de trajectographie permettant de calculer la
vitesse, l'accélération ou la distance réelle des objets. Sans ces données,
il est impossible d'affirmer qu'ils réalisaient des performances
extraordinaires.
|
Système intégré de défense aérienne des Marines légers [LMADIS] Le système de défense aérienne terrestre (GBAD)
combine des technologies telles que le radar en bande S RADA RPS-42, le
système de guerre électronique Sierra Nevada Modi, les capteurs visuels
Lockheed Martin et le drone anti-drone Raytheon Coyote, permettant ainsi aux
Marines de détecter, suivre et détruire les drones hostiles. Ce futur système
d'armes GBAD vise à moderniser les bataillons de défense aérienne à basse
altitude (LAAD Bn) en leur conférant des capacités et une puissance de feu
accrues pour faire face aux menaces actuelles et futures. |
Les Marines auraient alors utilisé les moyens de détection du LMADIS. C'est
ici que l'affaire prend une dimension particulièrement intéressante. Les
opérateurs auraient essayé d'acquérir les objets avec le système d'imagerie
thermique/FLIR. Selon le récit, ils n'auraient pas réussi à obtenir une piste
exploitable avec ce moyen. Cette information mérite d'être considérée avec
prudence. Une absence de détection infrarouge ne signifie absolument pas qu'un
objet n'existe pas.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer une mauvaise détection :
- Température
de l'objet ;
- Température
de l'arrière-plan ;
- Distance
;
- Humidité
atmosphérique ;
- Angle
d'observation ;
- Résolution
du capteur ;
- Réglage
du système ;
- Conditions
météorologiques ;
- Taille
apparente de la cible ;
- Nature de
la source lumineuse.
Mais si les objets étaient réellement proches — environ 800 mètres selon le
témoignage — et de taille comparable à une automobile, leur absence apparente
dans un système de surveillance militaire constituerait une question technique
intéressante.
Un autre élément demeure incertain : le radar aurait-il détecté les
objets ? Le récit de Beaty indique que l'on ne sait pas clairement si
l'équipage a réussi à obtenir une piste radar. Cette incertitude constitue
probablement l'une des principales faiblesses du dossier public. Dans une
affaire contemporaine de PAN, la question fondamentale n'est pas seulement :
« Quelqu'un a-t-il vu quelque chose ? »
Elle devient :
« Combien de capteurs indépendants ont enregistré la même chose ? »
Une observation simultanément confirmée par :
- Un témoin
humain ;
- Une
caméra électro-optique ;
- Une
caméra infrarouge ;
- Un radar
;
- Des
données de navigation ;
- Un autre
navire ;
- Un
aéronef ;
aurait une valeur scientifique et militaire considérablement supérieure. Dans
le cas du Kearsarge, nous savons que des images auraient été
enregistrées, mais nous ne disposons pas publiquement de l'ensemble des données
permettant d'effectuer cette corrélation.
3. La caméra vidéo devient alors le principal témoin
Ne parvenant
apparemment pas à obtenir une piste exploitable avec le FLIR, les opérateurs
auraient utilisé la caméra vidéo. Et, selon le récit transmis à Beaty, les
deux objets seraient apparus dans l'image. Des enregistrements auraient
alors été réalisés. C'est un élément fondamental car l'affaire ne repose donc
pas uniquement sur une observation visuelle racontée plusieurs mois plus tard. Il
aurait existé des supports photographiques ou vidéo.
Mais il y a
immédiatement un problème :
Ces images n'ont pas été rendues
publiques dans leur intégralité.
Le dossier
obtenu grâce au FOIA contient effectivement des documents relatifs à
l'événement, mais les informations disponibles ont été très largement
occultées.
Photo 1 - Il
est probable que la Marine ait également envoyé les équipes SNOOPIE dans les
airs pour recueillir des preuves photographiques et vidéo, comme le démontre ce
document contenu dans le dossier, mais à ce niveau il n’y a rien de rendu
public !L'histoire
documentaire de cette affaire est presque aussi intéressante que l'observation
elle-même. Dave Beaty avait initialement effectué une demande FOIA concernant
l'incident. La réponse du bureau FOIA du Marine Corps indiquait qu'aucun
document correspondant n'avait été trouvé. Puis un autre chercheur, Kyle
Warfel, obtint une réponse différente.
Sa demande
FOIA produisit une présentation PowerPoint imprimée, consacrée à
l'événement. Le document comportait 16 pages, mais une grande partie du
contenu était masquée. Cette divergence est importante.
Pourquoi une
demande pouvait-elle recevoir une réponse « aucun document » tandis qu'une
autre aboutissait à la production d'une présentation consacrée au même
événement ?
Dave Beaty a
rapporté avoir interrogé le bureau concerné et expliqué que son propre dossier
FOIA avait été considéré comme négatif alors qu'une autre demande avait obtenu
une présentation. La réponse semblait liée, au moins en partie, au vocabulaire
utilisé dans la demande. Cette situation ne permet évidemment pas de conclure à
une dissimulation intentionnelle. Mais elle montre que la traçabilité
documentaire de l'incident est loin d'être satisfaisante.
4. Un document
officiel existe donc bien
C'est ici que l'on doit faire une distinction fondamentale. Il serait
excessif d'affirmer :
« La Marine américaine a officiellement reconnu avoir rencontré deux OVNI
extraterrestres. »
Ce n'est pas ce que démontrent les documents disponibles. En revanche, il
est parfaitement légitime d'affirmer :
« Un document du Marine Corps relatif à un incident UAP impliquant l'USS Kearsarge
a été obtenu par FOIA. »
Le Black Vault a archivé cette présentation et indique que Kyle Warfel l'a
obtenue dans le cadre de sa demande FOIA. Le document était fortement censuré. Cette
nuance est essentielle pour toute étude sérieuse. Le document confirme
l'existence administrative d'un dossier. Il ne confirme pas automatiquement
toutes les caractéristiques rapportées oralement.
Le dossier Kearsarge possède plusieurs caractéristiques qui correspondent aux préoccupations contemporaines du phénomène UAP.
Première caractéristique : proximitéLes objets auraient été relativement proches du bâtiment.Deuxième caractéristique : durée
Ils auraient été observés pendant plusieurs nuits.Troisième caractéristique : comportement
Ils auraient semblé accompagner le navire.Quatrième caractéristique : détection militaire
Les Marines disposaient d'un système spécifiquement destiné à détecter les dronesCinquième caractéristique : tentative de neutralisation
Les opérateurs auraient essayé d'utiliser les moyens anti-UAS disponibles.Sixième caractéristique : enregistrement
Des images auraient été réalisées.Septième caractéristique : documentation
Une présentation consacrée à l'événement a été récupérée par FOIA. Pris séparément, aucun de ces éléments ne prouve l'existence d'un engin d'origine inconnue. Pris ensemble, ils justifient cependant une enquête documentaire et technique beaucoup plus approfondie.
5. L'hypothèse des drones conventionnels
Il serait
absurde de commencer l'analyse par l'hypothèse extraterrestre. La première hypothèse à tester est
celle d'un drone conventionnel. Et elle est particulièrement sérieuse. En 2021, les drones constituaient
déjà une menace importante pour les forces armées américaines.
Un petit drone peut être utilisé pour :
- Observer
un navire ;
- Recueillir
des renseignements ;
- Tester
les réactions de l'équipage ;
- Cartographier
les installations ;
- Identifier
les systèmes radar ;
- Provoquer
une réaction de défense ;
- Mener une
opération de renseignement électronique.
Le comportement décrit — faible altitude, vitesse relativement modérée,
maintien à proximité d'un bâtiment — est parfaitement compatible avec
l'hypothèse d'un drone. Mais une question surgit immédiatement :
de qui ?
Selon le récit transmis à Beaty, le navire aurait demandé si une opération
de drones était en cours et la réponse aurait été négative. Les Marines
auraient donc compris que ces appareils n'appartenaient pas aux forces
américaines engagées dans l'exercice. Cette information, si elle est confirmée
par les communications opérationnelles, transformerait l'affaire en problème de
sécurité maritime beaucoup plus qu'en simple affaire ufologique.
Dave Beaty avait lui-même évoqué l'hypothèse de drones militaires chinois
opérant éventuellement à proximité de navires commerciaux. Cette hypothèse
reste spéculative.
Il faut néanmoins comprendre pourquoi elle est intéressante. Un navire
militaire américain constitue une cible particulièrement précieuse pour le
renseignement. Un drone capable de suivre discrètement un bâtiment pendant
plusieurs heures pourrait collecter :
- Les
signatures électromagnétiques ;
- Les
émissions radar ;
- Les
fréquences radio ;
- Les
procédures de communication ;
- Les
mouvements d'aéronefs ;
- Les
routines de surveillance ;
- Les
réactions des systèmes de défense.
Dans cette perspective, un objet non identifié à proximité d'un navire
militaire américain n'est pas nécessairement un « OVNI » au sens traditionnel. Il
peut être un problème de contre-espionnage et c'est précisément pourquoi
les autorités américaines ont progressivement commencé à considérer les UAP
comme une question de sécurité nationale.
6. Une deuxième hypothèse : un essai américain non
communiqué
Une autre
possibilité mérite d'être examinée. Les objets pouvaient-ils appartenir à une
autre composante des forces américaines ? Le fait qu'un équipage demande « est-ce que ce sont nos drones ? » et
obtienne apparemment une réponse négative ne permet pas d'exclure :
- Un autre
exercice ;
- Une autre
unité ;
- Un
programme de test ;
- Un
système expérimental ;
- Une
activité classifiée ;
- Une
opération relevant d'une autre chaîne de commandement.
Dans l'environnement militaire américain, toutes les unités présentes dans
une zone d'exercice ne partagent pas nécessairement l'intégralité de leurs
informations opérationnelles. Cette possibilité est particulièrement importante
dans un dossier UAP. Une technologie militaire secrète peut apparaître comme un
objet « inconnu » pour les militaires eux-mêmes, sans être extraterrestre.
7. Une troisième
possibilité : un phénomène atmosphérique ou optique
Il
faut également conserver une hypothèse naturelle. Une lumière nocturne observée au-dessus de l'océan peut être trompeuse. Les
phénomènes atmosphériques, les effets de perspective, la réfraction, les
réflexions sur les couches atmosphériques et les phénomènes lumineux peuvent
produire des observations inhabituelles. Cependant, certaines caractéristiques
rapportées rendent cette hypothèse plus difficile à appliquer directement :
- Deux
objets ;
- Apparence
stable ;
- Proximité
apparente du navire ;
- Déplacement
relatif ;
- Répétition
pendant plusieurs nuits ;
- Observation
par du personnel militaire ;
- Apparition
sur caméra.
Mais là encore, sans les données originales, il est impossible de
trancher
C'est ici que l'affaire rencontre sa principale limite scientifique : l’absence de données cinématiques - Pour démontrer qu'un objet
possède des performances extraordinaires, il faut connaître :
Sa distance + son altitude + sa vitesse + son accélération + sa
trajectoire.
Or nous ne possédons publiquement aucune série complète de ces données. Dire
qu'un objet était « à 200 pieds » n'est pas suffisant. Il faudrait savoir
comment cette altitude a été déterminée. Était-elle estimée visuellement ? calculée
par un système électro-optique ? déterminée par radar ? fournie par une
triangulation ? ou encore déduite par rapport à la taille apparente ?
La différence est fondamentale.
Un autre point mérite d'être souligné : Dave Beaty ne rapportait pas, à
l'époque, de performances extraordinaires de type Tic Tac. Il précisait que
le récit qui lui avait été transmis ne faisait pas état d'accélérations
impossibles, de vitesses hypersoniques ou de changements de direction défiant
la physique. Il décrivait surtout des lumières étranges, apparemment capables
de suivre le navire et de réaliser des manœuvres latérales. Cela place
l'affaire dans une catégorie différente de celle du Nimitz de 2004. Il ne faut
donc pas transformer artificiellement le Kearsarge en « nouveau Tic Tac
». La comparaison est intéressante, mais elle doit rester limitée.
L'affaire présente néanmoins une ressemblance frappante avec les événements
survenus autour de bâtiments américains en 2019. En Californie du Sud,
plusieurs navires de la Navy avaient été confrontés à des objets décrits comme
des drones ou des phénomènes inconnus. Dave Beaty rappelle d'ailleurs dans son
enquête qu'il avait obtenu, grâce au FOIA, des informations concernant les
équipes SNOOPIE de la Navy — des équipes spécialisées dans l'observation et la
documentation photographique des événements inhabituels. Cette continuité est
importante car elle suggère que la Marine américaine avait déjà développé une
certaine culture opérationnelle de collecte d'images lorsqu'un objet aérien
inhabituel apparaissait à proximité d'un bâtiment.
Si les informations rapportées par Beaty sont exactes, la Navy aurait pu
mobiliser des équipes spécialisées pour photographier ou filmer les objets. Ce
point n'est toutefois pas confirmé publiquement pour l'incident du Kearsarge.
Beaty écrit qu'il était probable que de telles équipes aient été mobilisées, en
se fondant sur leur existence lors d'incidents antérieurs. Il faut donc écrire
: « possibilité », et non :« fait établi ».
Cette distinction est indispensable.
8 - L’affaire
devient encore plus énigmatique avec les documents censurés
Le document FOIA est probablement l'élément le plus paradoxal de toute
l'histoire. D'un côté,
l'administration américaine accepte de produire une présentation relative à
l'incident. De l'autre,
une grande partie de son contenu est masquée. Le Black Vault précise que la
présentation obtenue comptait 16 pages et qu'elle était lourdement expurgée. Cette
situation produit un paradoxe classique des affaires UAP américaines :
La déclassification partielle confirme parfois davantage l'existence d'un
événement qu'elle ne permet de comprendre sa nature.
Le public apprend qu'un événement a été documenté mais il ne peut pas
nécessairement savoir : qui a observé quoi, quand exactement, avec quels
capteurs etc…
Dans une affaire comme celle-ci, les photographies pourraient permettre de
répondre à une multitude de questions. Quelle était réellement la forme des objets
? étaient-ils ponctuels ? sphériques ? possédaient-ils plusieurs sources
lumineuses ? etc…De nombreuses informations issues de photos pourraient
transformer une histoire intrigante en véritable dossier technique. Mais le
public n'a pas accès à la totalité de ces données.
Le Navire était-il en fait vraiment « suivi » ? C'est
probablement le point sur lequel il faut exercer le plus de prudence. Un objet
situé derrière un navire peut sembler le suivre alors qu'il est immobile. Le
navire avance, l'objet reste à une position apparente similaire et
l'observateur peut conclure que l'objet « accompagne » le bâtiment. Pour
démontrer un véritable suivi, il faudrait disposer de plusieurs positions
successives de l'objet par rapport au navire. Si les données démontraient que
l'objet maintenait constamment une distance et une altitude relatives malgré
les changements de cap et de vitesse du Kearsarge, alors le dossier
serait beaucoup plus solide. Mais nous ne disposons pas publiquement de cette
trajectographie.
Il est un fait c’est que cinq ans après les événements, l'affaire conserve
une valeur particulière car elle s’inscrit dans une transformation profonde de
la politique américaine concernant les UAP. Pendant des décennies, les OVNI
furent essentiellement traités comme une question marginale. Depuis les
révélations concernant les programmes du Pentagone, les témoignages de pilotes
de la Navy, les auditions parlementaires et la création de structures
officielles consacrées aux UAP, le vocabulaire a changé. Le problème est
désormais abordé sous l'angle :
Détection — identification — sécurité — renseignement — défense.
L'affaire Kearsarge correspond parfaitement à cette évolution car ce
qui aurait autrefois été qualifié simplement de « UFO sighting » devient
aujourd'hui un problème de contre-UAS et de connaissance de la situation
aérienne.
9 - Le parallèle
avec le Nimitz : attention aux analogies faciles
L'affaire Kearsarge peut rappeler certains aspects du célèbre
épisode du Nimitz de 2004 :
- Navire de
guerre ;
- Personnel
militaire ;
- Observation
aérienne ;
- Technologies
de détection ;
- Objets
non immédiatement identifiés ;
- Données
potentiellement classifiées.
Mais les similitudes s'arrêtent là. Dans le cas du Nimitz, les témoignages
des pilotes, les données radar et les vidéos sont au cœur du dossier public par
contre dans le cas du Kearsarge, la documentation accessible est
beaucoup plus limitée. En fait le dossier repose encore largement sur un récit
indirect et sur un document FOIA fortement censuré.
Il serait donc méthodologiquement incorrect de présenter le Kearsarge
comme une preuve équivalente au Nimitz.
10. Conclusion
: un véritable PAN, mais pas encore un « engin extraterrestre »
L'incident de l'USS Kearsarge mérite incontestablement d'être
conservé dans la chronologie des affaires UAP américaines contemporaines. Le récit disponible fait état de
deux objets lumineux observés à proximité d'un bâtiment militaire américain, à
basse altitude, pendant plusieurs nuits. Les objets auraient été filmés et
auraient résisté aux tentatives de détection ou de neutralisation rapportées
par les opérateurs du LMADIS. Surtout, l'existence d'une documentation interne relative à l'événement a
été confirmée par la découverte, via le FOIA, d'une présentation PowerPoint de
16 pages fortement censurée. Cela donne à l'affaire une dimension documentaire que ne possèdent pas de
nombreux récits ufologiques. Mais il serait tout aussi erroné de transformer cette documentation en
preuve d'une origine non humaine.
Nous avons la trace d'un événement. Nous avons un récit militaire indirect.
Nous avons l'existence d'un dossier documentaire. Nous savons que des images
auraient été réalisées. Mais nous ne possédons pas encore les données
nécessaires pour déterminer avec certitude ce qui a été observé.
Et c'est précisément là que réside tout l'intérêt du dossier.
L'affaire Kearsarge ne démontre pas que des engins extraterrestres
ont suivi un navire américain. Elle démontre quelque chose de plus modeste —
mais peut-être plus important :
En 2021, un bâtiment de guerre américain, doté de moyens modernes de
surveillance et de contre-drones, a été confronté à un phénomène aérien que les
informations publiques disponibles ne permettent toujours pas d'identifier de
manière satisfaisante.
Dans une époque où les UAP sont progressivement devenus une question de
défense et de renseignement, cette seule constatation mérite une enquête
approfondie.
Sources
principales
- Dave Beaty, enquête publiée en mars 2022 sur les
observations de l'USS Kearsarge, qui constitue la source initiale
du récit détaillé et précise elle-même que certaines informations reposent
sur un témoin de seconde main. https://davebeaty.medium.com/the-2021-uss-kearsarge-sightings-fc83076822ef
- The Black Vault / John Greenewald,
publication du 24 mai 2022 consacrée à la présentation FOIA de 16 pages
obtenues par Kyle Warfel et fortement censurée. https://www.theblackvault.com/documentarchive/heavily-redacted-uss-kearsarge-uap-encounter-document-released/
- U.S. Navy / Naval Meteorology and Oceanography Command, documentation sur les activités d'entraînement de la flotte dans
l'Atlantique en 2021.
- U.S. Navy / Fleet Forces Command,
informations officielles sur l'USS Kearsarge et son rôle au sein du
Kearsarge Amphibious Ready Group.
- Defense News / Marine Corps Times,
informations techniques sur l'emploi du LMADIS à bord de l'USS Kearsarge
et ses capacités de détection et de lutte contre les drones.
- https://www.globalsecurity.org/military/systems/ground/lmadis.htm?



