Philippe Baudouin, commissaire de l’exposition
« Nous ne sommes pas seuls – Images
extraterrestres » aux Rencontres de la Photographie d'Arles 2026
Expo du 6
juillet au 4 octobre 2026
La Croisière
65 boulevard Émile Combes 13200 ARLES
Les Rencontres de la Photographie d'Arles n'avaient encore jamais consacré
une exposition d'une telle ampleur à l'imaginaire des OVNI. Avec « Nous ne
sommes pas seuls – Images extraterrestres », le festival ouvre une porte
inattendue sur plus d'un siècle de photographies, d'archives et de témoignages
liés aux phénomènes aérospatiaux non identifiés.
Installée à La Croisière, cette exposition, conçue par l'historien et
commissaire Philippe Baudouin, n'est ni une démonstration de l'existence des
extraterrestres, ni une entreprise de démystification. Son ambition est plus
subtile : comprendre comment les images d'OVNI ont façonné notre imaginaire
collectif et comment la photographie est devenue, au fil des décennies, le
principal support de la croyance... mais aussi du doute.
L'OVNI comme objet photographique
L'idée est particulièrement originale.
Depuis 1947, des milliers de photographies d'OVNI circulent dans le monde
entier. Certaines sont devenues iconiques, d'autres ont été démasquées comme
des canulars, tandis que quelques-unes demeurent inexpliquées.
L'exposition rassemble des documents issus de collections privées,
d'archives publiques, de magazines spécialisés et de fonds rarement montrés au
public. On y retrouve notamment plusieurs clichés célèbres réalisés par le
Suisse Billy Meier, dont l'une des photographies servira plus tard de modèle au
célèbre poster « I Want to Believe » de la série X-Files.
Le visiteur comprend rapidement que la photographie d'OVNI n'est pas
seulement un document technique : elle constitue un véritable phénomène
culturel.
Au fil des décennies, la soucoupe volante est devenue une figure esthétique
immédiatement identifiable.
Trois chapitres pour raconter une
histoire
Le parcours s'organise autour de trois grandes thématiques.
1. Les formes
Cette première partie présente l'évolution des représentations des objets
volants non identifiés. Disques métalliques, cigares volants, sphères
lumineuses, triangles noirs, objets ovoïdes...
On découvre comment certaines formes reviennent de manière récurrente dans
les témoignages, mais également comment ces images se sont progressivement
nourries du cinéma, de la bande dessinée, de la télévision puis d'Internet.
L'exposition rappelle ainsi que les photographies d'OVNI sont autant des
objets documentaires que des productions culturelles.
2. Les témoins
La seconde partie est probablement la plus passionnante.
Elle replace les images dans leur contexte humain. Une photographie d'OVNI
ne raconte jamais toute l'histoire.
Derrière chaque cliché se trouvent un témoin, un récit, des émotions,
parfois une enquête officielle. Croquis de gendarmerie, rapports, coupures de
presse, dessins d'enfants ou récits de rencontres rapprochées viennent
compléter les photographies afin de montrer que l'image n'est qu'un élément
d'un dossier beaucoup plus vaste.
Cette approche rejoint d'ailleurs les méthodes employées depuis plusieurs
décennies par les enquêteurs civils ou institutionnels, qui considèrent qu'une
photographie isolée n'a que peu de valeur sans son contexte d'observation.
3. Les croyances
Le troisième chapitre élargit encore la réflexion.
Les OVNI ne produisent pas seulement des images. Ils produisent aussi des
croyances.
L'exposition présente différents mouvements spirituels ayant intégré la
présence d'intelligences extraterrestres dans leur vision du monde. Il ne
s'agit pas d'en faire l'apologie mais d'explorer les conséquences sociales et
culturelles qu'ont pu avoir certains récits de rencontres avec des êtres venus
d'ailleurs.
Une réflexion très actuelle
L'un des mérites majeurs de cette exposition est de dépasser la simple
question : « Les OVNI existent-ils ? »
Elle pose une interrogation beaucoup plus contemporaine : « Peut-on
encore croire ce que montrent les images ? »
Philippe Baudouin rappelle que les photographies d'OVNI ont très tôt
contribué à installer une véritable « culture du doute visuel ». Longtemps
avant l'essor des réseaux sociaux ou de l'intelligence artificielle générative,
ces clichés flous, difficiles à interpréter et souvent controversés forçaient
déjà le public à s'interroger sur la valeur de la preuve photographique.
À l'heure où chacun peut fabriquer une image parfaitement réaliste grâce à
l'IA, cette interrogation prend une résonance nouvelle.
L'exposition montre d'ailleurs plusieurs procédés permettant de fabriquer
de fausses photographies d'OVNI, rappelant que la manipulation des images ne
date pas de Photoshop.
Une exposition qui ne prend pas parti
C'est sans doute sa principale qualité. Contrairement à certaines
expositions sensationnalistes, « Nous ne sommes pas seuls » ne cherche
ni à convaincre le visiteur de la réalité des extraterrestres ni à ridiculiser
les témoins.
Elle adopte une posture d'historien.
Les images sont présentées comme des objets culturels qui racontent autant
notre fascination pour l'inconnu que l'évolution de nos sociétés.
Cette neutralité intellectuelle explique probablement pourquoi plusieurs
critiques ont retenu cette exposition parmi les temps forts des Rencontres
d'Arles 2026. La presse souligne la richesse des archives réunies et la manière
dont elles interrogent le statut de la photographie comme preuve, sans trancher
la question de la réalité des phénomènes observés.
Regard critique
Pour les chercheurs travaillant sur les UAP/PAN, cette exposition présente
néanmoins une limite. Le choix est clairement celui d'une histoire des
représentations plutôt que d'une histoire des enquêtes. Les travaux
scientifiques contemporains, les programmes militaires récemment déclassifiés
ou les recherches actuelles sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés
occupent une place relativement secondaire.
Le visiteur ressort avec une excellente compréhension de la culture OVNI,
mais beaucoup moins avec une vision des recherches institutionnelles
actuellement menées aux États-Unis, en France ou ailleurs.
Il ne faut toutefois pas y voir une faiblesse, mais un choix muséographique
assumé.
Les Rencontres d'Arles sont avant tout un festival de photographie. L'image
est ici étudiée comme un langage.
Notre analyse
Cette exposition constitue probablement l'un des événements culturels les
plus originaux consacrés aux OVNI en Europe depuis plusieurs années.
Elle marque une étape importante dans la reconnaissance du phénomène OVNI
comme objet d'histoire de l'art, de l'image et de la culture populaire.
En faisant dialoguer archives, photographies, témoignages et œuvres
contemporaines, Philippe Baudouin montre que l'OVNI n'est pas seulement une
énigme scientifique ou militaire : c'est aussi un puissant révélateur de notre
rapport à la preuve, au doute et à l'imaginaire.
À une époque où les images générées artificiellement brouillent toujours
davantage la frontière entre le réel et la fiction, « Nous ne sommes pas seuls
– Images extraterrestres » apparaît finalement moins comme une exposition sur
les extraterrestres que comme une réflexion sur notre manière de regarder le
monde.
Notons qu’un certain nombre de photos ont été communiquées par Yves Bosson,
un ufologue qui depuis une cinquantaine d’années s’intéresse au dossier ovni,
il a créé à Marseille une agence
spécialisée dans les photos relatives à l’ufologie : l’agence Martienne.
Et c'est peut-être là sa plus grande réussite.
|
Exposition OVNI à Arles en ce moment Nous ne sommes pas seuls. Images extraterrestres est
l'OVNI dans le ciel arlésien de cette 57 ème édition. Des Canaries au Brésil, en passant bien sûr par les
Etats-Unis, le commissaire d’exposition Philippe Baudouin a rassemblé un
étonnant corpus de clichés évoquant les phénomènes aérospatiaux non
identifiés.
L'exposition accompagne un livre à venir : O.V.N.I, une histoire
photographique, Hoëbeke, à paraître en octobre 2026. |
QUI EST
PHILIPPE BAUDOUIN
Philippe Baudouin est le commissaire de l'exposition OVNI qui fait beaucoup parler aux Rencontres d'Arles cet été. Voici son parcours.
Qui est-il ?
Philosophe et homme de radio. Philippe Baudouin est français, né le 2
septembre 1981. Diplômé d'un Master de philosophie, il est chargé de
réalisation à France Culture (Radio France) et philosophe, auteur de plusieurs
documentaires et reportages pour Arte Radio.
Il vit et travaille à Paris. Il est réalisateur radio et maître de
conférences associé en sciences de l'information et de la communication à
l'université Paris-Saclay.
On le présente aussi comme : Philippe Baudouin est chargé de réalisation à
France Culture et philosophe. Il est l'auteur d'Au microphone : Dr. Walter
Benjamin (MSH, 2009). Il a ensuite dirigé Écrits radiophoniques de
Walter Benjamin (Allia, 2014) et préfacé la réédition du Royaume de
l'au-delà de Thomas Edison.
Un chercheur des marges
Son fil rouge, c'est l'histoire des médias croisée avec les sciences
occultes, le paranormal et l'invisible.
Radio et occultisme : en 2014 il produit Les Langues de l'éther, un atelier sur les
rapports entre radiophonie et sciences occultes.
Archives de la hantise : il explore les enquêteurs du surnaturel, notamment le gendarme Émile
Tizané (1901-1982) dans Les Forces de l'ordre invisible (Le Murmure,
2016), puis Apparitions. Les archives de la France hantée (Hoëbeke,
2021) et Surnaturelles, une histoire visuelle des femmes
médiums (Pyramyd, 2021).
Musée : il a déjà
orchestré la fascinante exposition Phénomènes, consacrée aux images
paranormales, au Musée d'histoire de la médecine de Paris en 2022.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire